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Carnet de Chine

Yu Garden à Shanghai : le jardin, le bazar, et quand y aller

Le jardin classique de 1559 et le bazar qui l'entoure sont deux lieux distincts. Ce qu'on y regarde, le billet à 30 ¥, et pourquoi l'après-midi a du bon.

Par MaxPublié le Mis à jour le 7 min de lecture
Le bazar Yuyuan vu depuis la rive de l'étang : pavillons de bois rouge sombre à toits de tuiles recourbées, une maison de thé sur pilotis à gauche, un pont de pierre couvert de visiteurs, et au premier plan l'eau verte où flottent des îlots plantés de bonsaïs autour d'une statue blanche
Le bazar Yuyuan et la maison de thé Huxinting, au bord de l'étang. Le jardin classique, lui, est derrière ces façades et se paie à part : c'est la confusion la plus fréquente.·Photo : Bruna Santos / Unsplash

Deux lieux portent le même nom, et l'on peut visiter le second en croyant avoir vu le premier. C'est arrivé à beaucoup de monde.

Il y a d'un côté Yu Garden, jardin classique de 1559, clos par un mur, payant. Et de l'autre le bazar de Yuyuan, quartier commerçant en accès libre qui l'entoure et qui, avec ses toits recourbés et ses lanternes, ressemble suffisamment à ce qu'on imagine pour tromper.

Pavillon à deux niveaux du jardin Yu surplombant un étang, boiseries sombres, saule pleureur et rocaille, visiteurs sous la galerie
Ruelle du bazar de Yuyuan à Shanghai à la tombée du jour : toits traditionnels aux avant-toits relevés, enseignes lumineuses de boutiques modernes au rez-de-chaussée et foule dense
À gauche le jardin derrière son mur, à droite le bazar qui l'entoure à la tombée du jour. Même nom, deux endroits.·Shanghai, Jardin Yu, octobre 2025

Deux lieux, un seul nom

Le jardin derrière son mur

Cinq hectares de pavillons, de bassins à carpes et de ponts en zigzag, conçus à partir de 1559 pour un haut fonctionnaire de la dynastie Ming. C'est le plus visité des cinq jardins classiques que compte Shanghai, et le seul qui se trouve en plein centre.

Le bazar tout autour

Un quartier entier de pavillons reconstruits dans le style Ming, sans billet ni horaires, occupé par des boutiques, des restaurants et des stands. Il est beau, il est bruyant, et il n'a que quelques décennies.

Et le temple, qui complique encore

Un troisième élément occupe la même zone : le temple du dieu de la Ville (城隍庙, chénghuángmiào), sanctuaire taoïste dédié au protecteur de la cité. Sur place, quand un habitant dit « Yu Garden », il désigne souvent l'ensemble — le jardin, les rues commerçantes, le bazar et le secteur du temple. La précision n'a d'importance qu'au moment d'acheter un billet.

Pourquoi la confusion tient

Parce que le bazar est ce qu'on voit en premier, qu'il est gratuit, et qu'il ressemble à l'idée qu'on se fait d'un vieux quartier chinois. Le jardin, lui, se cache derrière une entrée discrète, et rien n'indique qu'on est en train de le manquer.

Le jardin, et ce qu'on y regarde

Le rocher de Jade exquis

C'est la pièce maîtresse, et elle surprend ceux qui ne s'attendaient pas à ce qu'un caillou tienne ce rôle. Un bloc de calcaire du lac Tai, haut de plus de trois mètres, percé de dizaines de trous par l'érosion. Ces pierres ajourées comptaient parmi les objets les plus prisés des lettrés chinois, et celle-ci passe pour l'une des trois plus belles du pays.

Les murs aux dragons

Les murs qui compartimentent le jardin sont surmontés de dragons en tuiles, tête relevée à l'extrémité. Ce ne sont pas des ornements gratuits : ils servent à découper l'espace pour qu'on ne voie jamais le jardin en entier, et donc à le faire paraître plus vaste qu'il n'est.

Les portes-lunes

Porte ronde à battant rouge percée dans un mur blanc de jardin, encadrée d'une bordure de pierre irrégulière, rocailles et plantations de part et d'autre
Une porte-lune et son encadrement de pierre sculptée. Chaque ouverture est calculée pour cadrer ce qu'on découvrira derrière.·Shanghai, Jardin Yu, octobre 2025

Ces ouvertures circulaires percées dans les murs blancs sont l'un des gestes les plus caractéristiques du jardin chinois. Chacune cadre délibérément une vue, comme un objectif. On est censé s'arrêter dedans avant de passer, et c'est effectivement là que les photos se font.

Les salles de réception

Salle de réception d'un jardin classique chinois, peinture encadrée au mur du fond, table d'autel, fauteuils de bois disposés en enfilade et lanternes suspendues
Une salle de réception meublée : lanternes, panneaux de calligraphie, mobilier de bois sombre. On y comprend mieux la fonction du lieu qu'en regardant les bassins.·Shanghai, Jardin Yu, octobre 2025

Plusieurs pavillons sont meublés et ouverts. Lanternes suspendues, panneaux de calligraphie encadrant l'entrée, tables et fauteuils en bois sombre : c'est là qu'on saisit qu'un jardin de cette sorte n'était pas un parc mais une résidence, où l'on recevait.

La grande rocaille

Un massif artificiel de roches empilées, haut d'une douzaine de mètres, qu'on gravit par un escalier étroit. C'est le seul point haut du jardin, et le seul endroit d'où l'on voit à la fois les toits anciens et les tours de Pudong. Le contraste est saisissant.

Ce que le jardin a traversé

Le jardin a été commencé en 1559 par un fonctionnaire qui voulait offrir une retraite à son père, et il lui a fallu près de vingt ans pour l'achever, au prix de la fortune familiale. Il a ensuite été morcelé, vendu par lots à des guildes marchandes, ravagé pendant les guerres de l'Opium puis pendant la révolte des Taiping, occupé, reconstruit, et finalement restauré à partir des années 1950 avant d'ouvrir au public.

Ce qu'on visite aujourd'hui n'est donc pas un jardin Ming intact mais une restitution, sur le tracé d'origine. Ça n'enlève rien à ce qu'on y voit, et ça explique en partie l'existence du bazar : le quartier commerçant s'est développé autour d'un jardin qui, pendant plus d'un siècle, appartenait à des marchands.

Quand y aller, et pourquoi la réponse habituelle est incomplète

Le matin, pour la tranquillité

Tous les guides disent la même chose, et ils ont raison sur ce point : arriver à l'ouverture, à 8 h 30, donne une heure de calme avant l'arrivée des groupes. Les allées de ce jardin sont étroites, les ponts encore plus, et la fluidité change tout.

L'après-midi, pour la lumière

Voilà ce que presque personne n'écrit. J'y suis allé l'après-midi, il y avait du monde partout, et il était parfois difficile de circuler. Ça valait quand même le détour.

Le jardin reste magnifique dans ces conditions, et la lumière de fin de journée lui donne une atmosphère que le matin n'a pas : les toits se découpent, les bassins prennent la couleur du ciel, et le bazar s'allume juste à côté. Le coucher de soleil est un vrai moment ici.

Ce qu'il faut en conclure

Si vous avez le choix, prenez le matin. Si votre programme vous impose l'après-midi, n'annulez pas pour autant : vous perdrez la tranquillité et vous gagnerez autre chose. C'est l'un des rares lieux très fréquentés de Shanghai dont l'intérêt survit à l'affluence.

Le bazar de Yuyuan

Ce qu'il est vraiment

Très commercialisé, très touristique, et très beau. Les trois à la fois, sans contradiction. Les façades de bois, les toits superposés et les lanternes rouges composent un décor qui fonctionne, même en sachant qu'il a été reconstruit.

Ce qui s'y passe

Ça bouillonne. Des boutiques dans les rues principales, mais aussi et surtout beaucoup de stands de nourriture de rue et de petits marchés dans les ruelles adjacentes. C'est cette seconde couche qui rend le lieu vivant, et c'est celle que les visiteurs pressés traversent sans la voir.

Les lanternes ne sont pas là toute l'année

Voilà ce qui explique le décalage entre les photos et ce qu'on trouve sur place. Les grandes lanternes qui saturent les images du quartier, celles qui remplissent les ruelles et coiffent les toits, sont installées pour le festival des lanternes, autour du Nouvel An chinois.

Le reste de l'année, l'éclairage existe mais n'a rien de commun avec ces photos. Un visiteur qui arrive en octobre avec ces images en tête sera déçu, et ce n'est pas le lieu qui l'aura trompé. Les dates du festival suivent le calendrier lunaire, et le guide du Nouvel An chinois donne celles des prochaines années.

Les souvenirs, à trois minutes de là

Les boutiques du bazar vendent les aimants entre 50 et 100 ¥. À trois minutes de marche de la sortie 1 du métro Yuyuan Garden, le marché de gros de Fuyoumen vend les mêmes entre 8 et 10 ¥, avec des baguettes personnalisables et tout le bazar habituel. On peut n'y rien acheter et s'y amuser quand même.

Le pont en zigzag et la maison de thé

Le pont à neuf coudes qui traverse le bassin central mène au Huxinting, pavillon de thé posé sur l'eau et devenu l'image la plus reproduite du quartier. Le zigzag n'est pas décoratif : la tradition veut que les mauvais esprits ne sachent aller qu'en ligne droite, et un pont qui tourne neuf fois est donc réputé infranchissable pour eux — une croyance que l'architecture chinoise a appliquée assez sérieusement pour qu'on en trouve la trace dans des jardins entiers, où aucune allée ne file jamais tout droit.

La maison de thé se visite, s'y asseoir coûte le prix d'un thé servi avec cérémonie, et la vue sur le bassin depuis l'étage vaut ce détour-là.

Comment le traverser

En s'écartant de l'axe principal. Les rues secondaires sont moins denses, moins chères, et c'est là que se trouvent les stands. La rue centrale se contente d'aligner les enseignes de souvenirs.

Manger sur place

Les xiaolongbao, et l'adresse historique

Le quartier est associé aux xiaolongbao, ces raviolis vapeur à bouillon, et Nanxiang Mantou Dian en est l'enseigne historique. La file y dépasse fréquemment la demi-heure à midi.

Elle se justifie si l'on tient à cette adresse précise. Sinon, les stands voisins servent les mêmes raviolis sans attendre, et l'écart tient davantage à la réputation qu'à l'assiette.

Les stands, souvent meilleurs

C'est le conseil que je donnerais en priorité. Les petites échoppes des ruelles proposent une variété que les restaurants installés n'ont pas, à des prix sans commune mesure, et l'on y mange debout comme tout le monde. Le guide de la cuisine régionale aide à savoir quoi chercher.

Le billet, les horaires, l'organisation

Trente yuans, et rien de plus

L'entrée du jardin coûte 30 ¥, environ quatre euros. Le bazar est gratuit et n'a pas de billetterie. La caisse ferme une heure avant le jardin.

Combien de temps prévoir

Une heure à une heure et demie pour le jardin seul en prenant son temps. Une demi-journée avec le bazar, les stands et le quartier alentour, ce qui est la façon la plus logique de découper la visite.

Y aller

La station Yuyuan Garden, ligne 10, débouche à quelques minutes de l'entrée du bazar. Depuis le Bund, la marche prend une vingtaine de minutes et traverse la vieille ville : sur cette distance elle vaut mieux que le métro. Le reste du réseau est expliqué dans le guide du métro en Chine.

Si la foule rebute vraiment

Guyi Garden, à Nanxiang

Le plus grand des cinq jardins classiques de Shanghai n'est pas celui du centre. Guyi Garden couvre dix hectares dans le bourg de Nanxiang, à l'ouest, avec les mêmes pavillons et les mêmes bassins à carpes, plus une bambouseraie que Yu Garden n'a pas. La fréquentation est sans rapport.

Comment y aller, et pourquoi c'est cohérent

Métro jusqu'à la station Nanxiang, puis un quart d'heure de marche. Comptez une heure sur place au minimum.

Le détour a un second intérêt : Nanxiang est le bourg d'origine du xiaolongbao. L'enseigne historique du bazar de Yuyuan porte d'ailleurs son nom.

Ce qu'il faut retenir

Le jardin et le bazar sont deux endroits distincts, et seul le premier se paie. Trente yuans, une heure et demie, le matin pour la tranquillité ou l'après-midi pour la lumière — les deux se défendent. Dans le bazar, quitter la rue principale pour les ruelles et leurs stands change entièrement l'expérience. Le reste de la ville est couvert dans le guide de Shanghai, et l'itinéraire complet dans Shanghai en 4 jours.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Yu Garden et le bazar de Yuyuan, est-ce la même chose ?
Non, et c'est la confusion la plus fréquente. Yu Garden est un jardin classique clos, payant, derrière son mur. Le bazar de Yuyuan est le quartier commerçant qui l'entoure, en accès libre, avec ses pavillons reconstruits dans le style Ming, ses boutiques et ses stands. Beaucoup de visiteurs traversent le second en croyant avoir vu le premier.
Combien coûte l'entrée de Yu Garden ?
Trente yuans, soit environ quatre euros, pour le jardin seul. Le bazar qui l'entoure est gratuit et n'a pas de billetterie. Le tarif réduit existe pour les seniors et les enfants, et la billetterie ferme une heure avant le jardin lui-même.
À quelle heure faut-il visiter Yu Garden ?
Le matin dès l'ouverture, à 8 h 30, pour la tranquillité : les groupes arrivent ensuite et les allées deviennent étroites. L'après-midi reste néanmoins une vraie option, contrairement à ce qu'on lit partout. La foule y est dense mais la lumière de fin de journée donne au jardin une atmosphère que le matin n'a pas.
Combien de temps faut-il prévoir pour Yu Garden ?
Une heure à une heure et demie pour le jardin seul, en prenant le temps de s'arrêter. Comptez une demi-journée si vous y ajoutez le bazar, ses stands de nourriture et le quartier alentour, ce qui est la façon la plus logique d'organiser la visite.
Yu Garden vaut-il le détour malgré la foule ?
Oui. C'est l'un des rares lieux très fréquentés de Shanghai dont l'intérêt survit à l'affluence. Les allées sont parfois difficiles à remonter aux heures pleines, mais le jardin reste magnifique, et le contraste entre ces toits recourbés et les tours qui les dominent ne s'use pas.
Que mange-t-on au bazar de Yuyuan ?
Beaucoup de choses, et pas seulement les xiaolongbao pour lesquels le lieu est connu. Au-delà des restaurants installés, les stands de nourriture de rue et les petits marchés qui occupent les ruelles adjacentes valent souvent mieux que les enseignes de la rue principale, à la fois par le prix et par l'attente.
Faut-il faire la queue chez Nanxiang Mantou Dian ?
C'est l'adresse historique du bazar pour les xiaolongbao, et la file dépasse fréquemment la demi-heure à midi. Elle se justifie si l'on tient à cette enseigne précise ; sinon, les stands voisins servent les mêmes raviolis sans attente, et la différence tient davantage à la réputation qu'à l'assiette.
Comment aller à Yu Garden en métro ?
La station Yuyuan Garden, sur la ligne 10, débouche à quelques minutes de marche de l'entrée du bazar. La ligne 14 dessert également le secteur. Depuis le Bund, la marche prend une vingtaine de minutes et traverse la vieille ville, ce qui vaut mieux que le métro sur cette distance.
Que voir dans le jardin de Yu Garden ?
Le rocher de Jade exquis, bloc de pierre du lac Tai percé de trous et pièce maîtresse du jardin ; les murs surmontés de dragons de tuiles ; les portes-lunes qui cadrent chaque perspective ; les salles de réception meublées et éclairées de lanternes ; et la grande rocaille, qui offre le seul point haut du jardin.
Existe-t-il un jardin classique moins touristique à Shanghai ?
Guyi Garden, à Nanxiang dans l'ouest de la ville, couvre dix hectares contre cinq et reçoit une fréquentation sans rapport. On y retrouve les pavillons, les bassins à carpes et une bambouseraie que le centre n'a pas. Le métro dessert la station Nanxiang, suivie d'un quart d'heure de marche.

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