Train de nuit en Chine : couchettes classiques et à grande vitesse
Dormir dans un train chinois : les couchettes molles et dures, les liaisons à grande vitesse de nuit, ce qu'on trouve dans la cabine et comment réserver.
Dans cet article
Il existe en Chine une catégorie de train que presque aucun guide francophone ne mentionne : le train à grande vitesse avec couchettes. Une rame moderne qui traverse le pays de nuit à trois cent cinquante kilomètres-heure pendant qu'on dort dedans. Le vieux wagon-lit à quatre-vingts à l'heure existe aussi, et il a ses raisons, mais ce n'est pas de lui qu'il s'agit ici.
Elle coexiste avec les trains classiques de nuit, plus lents et bien plus nombreux. Les deux répondent à la même question, qui est la seule qui compte sur un long itinéraire : faut-il perdre une journée à traverser la Chine, ou une nuit ?

Deux familles de trains de nuit
Les classiques, séries Z, T et K
Ce sont eux qu'on imagine en pensant « train de nuit chinois ». Vitesse modérée, arrêts nombreux pour les K, plus rares pour les Z, et des voitures entièrement pensées pour dormir. Ils desservent des villes que le réseau à grande vitesse ignore, et roulent sur des trajets qu'aucun autre mode ne couvre à ce prix.
Shanghai-Pékin de nuit, Pékin-Hangzhou de nuit, Shanghai-Chengdu sur une trentaine d'heures : le catalogue est large.
Leur intérêt ne se limite pas au prix. Ils atteignent des villes moyennes et des provinces que le réseau rapide n'a pas encore désenclavées, ils partent souvent à des horaires impossibles à obtenir autrement, et ils traversent des paysages qu'on ne voit pas depuis une rame lancée à trois cent cinquante. Beaucoup de voyageurs chinois les préfèrent d'ailleurs pour cette raison, pas par économie.
Ce que « lent » veut dire ici
Rien de dramatique. Un Z roule autour de 140 à 160 km/h avec très peu d'arrêts, ce qui reste au niveau d'un train de nuit européen. Le K, lui, s'arrête beaucoup et met parfois deux fois plus longtemps pour la même distance : sur un long trajet, la lettre du numéro pèse plus lourd que l'heure de départ.
Les couchettes à grande vitesse
C'est l'inattendu. Des services de la série D circulent la nuit sur les très longues liaisons nord-sud, avec de vraies couchettes à bord, ce qui suppose des rames spécifiques puisqu'un train à grande vitesse ordinaire n'a que des sièges et qu'aucune voiture ne se transforme. Shanghai vers Shenzhen, Shanghai vers Canton, Pékin vers Shenzhen : une dizaine d'heures pour des distances qui prendraient une journée entière autrement.
Les rames les plus récentes, mises en service en 2017, disposent les couchettes dans le sens de la marche au lieu du travers, avec un rideau d'intimité. La nuance paraît anecdotique. Elle ne l'est pas quand le train freine et accélère à grande vitesse pendant qu'on dort.
Les distinguer au moment de réserver
La lettre suffit. Un train dont le numéro commence par D et part en soirée pour arriver au matin est une rame à couchettes rapide ; un Z, un T ou un K de nuit est un classique. Le détail des codes est expliqué dans le guide du train à grande vitesse, qui couvre l'ensemble du réseau de jour.
La liaison qui surprend : Shanghai, Shenzhen, Hong Kong
Onze heures pour mille deux cents kilomètres
C'est la ligne emblématique du genre. Départ de Shanghai en soirée, une nuit à bord, arrivée à Shenzhen au petit matin. Environ 1 200 kilomètres avalés à 350 km/h, ce qui en fait, à la connaissance des amateurs de rail, le train-couchettes le plus rapide du monde.
L'arrivée à six heures, et les vingt minutes qui suivent
Le train dépose vers six heures du matin à Shenzhen. Six heures. C'est tôt, et c'est voulu. De là, une correspondance d'une vingtaine de minutes suffit pour rejoindre Hong Kong. Autrement dit : on se couche à Shanghai et on petit-déjeune à Kowloon, sans avoir perdu une journée ni payé de nuit d'hôtel.
Les autres lignes de nuit rapides
La même logique dessert Canton depuis Shanghai, et Shenzhen depuis Pékin. Une liaison directe Shanghai-Pékin existe aussi, en une quinzaine d'heures. Le point commun de toutes ces lignes est la distance : la couchette à grande vitesse n'a de sens qu'au-delà de ce que le train de jour couvre confortablement.
Les classes, et ce qu'elles changent
La couchette molle, quatre places
Ruan wo, en chinois. Quatre couchettes sur deux niveaux, dans un compartiment fermé par une porte coulissante qui se verrouille de l'intérieur. C'est le standard. Pour qui compte dormir vraiment plutôt que sommeiller, c'est aussi le seul choix qui se discute, et l'écart de prix avec la couchette dure se rentabilise dès la première nuit blanche évitée.
La couchette dure, six places
Ying wo. Six couchettes sur trois niveaux, dans un compartiment ouvert sur le couloir, sans porte. Le nom trompe : le matelas ressemble beaucoup à celui de la molle, et ce qui change n'est pas le confort du couchage mais l'intimité et le bruit. Elle revient à la moitié ou aux deux tiers du prix.
La cabine à deux, et son prix
Quelques trajets premium proposent une cabine de luxe à deux couchettes, parfois avec cabinet de toilette attenant. Le tarif suit : de 800 à 1 500 ¥ selon la ligne et la saison, soit 100 à 190 euros, contre environ 400 ¥ pour une couchette molle ordinaire, une cinquantaine d'euros.
Ce que « le billet le plus cher » ne donne pas
Un point qui surprend beaucoup de voyageurs occidentaux : sur les rames à grande vitesse de nuit, même le tarif le plus élevé se partage. On paie plus cher un emplacement dans une cabine de quatre, pas une cabine pour soi. La chambre privée n'existe que sur une poignée de trains classiques.
Ce qu'on trouve dans la cabine
Ce qui est fourni
Sur les couchettes classiques, une couverture, un oreiller et du savon. Sur les rames rapides de nuit, l'équipement va nettement plus loin : chaussons, trousse de toilette et boîte de collation par couchette, tablette commune au centre du compartiment. La trousse contient des crèmes dont l'étiquetage en chinois se prête aux confusions, et plus d'un voyageur s'est brossé les dents avec autre chose que du dentifrice.
De quoi alléger sa valise pour une nuit, ce que le guide de ce qu'il faut emporter n'anticipe pas.
Le rideau et l'écran
Chaque couchette dispose d'un rideau, seule intimité disponible dans un compartiment partagé, et l'on comprend vite pourquoi les passagers chinois le tirent dès l'installation plutôt qu'au moment de dormir : il ne sert pas à faire le noir, il sert à délimiter un territoire dans une pièce où quatre inconnus vont passer la nuit ensemble. Plusieurs rames proposent un petit écran individuel avec des films, en chinois pour l'essentiel.
Les cabines sont mixtes
La répartition se fait par ordre de réservation, sans distinction. Une voyageuse seule peut donc se retrouver avec des hommes, et c'est le point qui revient le plus souvent dans les récits de voyageuses occidentales, assorti presque toujours de la même précision : elles ne s'y sont pas senties en danger. La porte verrouillable des couchettes molles pèse ici davantage que sur le confort du sommeil.
Toilettes, eau chaude et repas
Les toilettes sont dans le couloir
Sauf dans les rares cabines de luxe, elles se trouvent en bout de voiture. Prévoir des mouchoirs en papier. Le distributeur n'est pas toujours garni, et l'on s'en aperçoit trop tard.
Accroupies ou occidentales, souvent au choix
Beaucoup de trains proposent les deux modèles, signalés à la porte. C'est une petite chose, et c'est pourtant la première inquiétude de bien des primo-voyageurs.
L'eau chaude, gratuite, dans chaque voiture
Un distributeur d'eau bouillante équipe chaque voiture, et c'est autour de lui que s'organise le dîner d'une bonne partie des passagers. Nouilles instantanées, thé, soupes lyophilisées : monter avec ses provisions est la norme, pas un pis-aller.
La voiture-restaurant
Les rames à grande vitesse de nuit en comportent une, ouverte le soir et au petit matin. La carte y est locale et sans traduction, ce qui en fait un bon terrain d'exercice pour le mandarin de survie.
Réserver, et à quel moment
Quinze jours, parfois trente
Les ventes ouvrent quinze jours avant le départ, et jusqu'à trente en haute saison. Les couchettes partent beaucoup plus vite que les places assises, en particulier sur les liaisons vers le sud. Réserver le jour de l'ouverture n'a rien d'excessif si les dates sont fermes.

Le passeport tient lieu de billet
Aucun billet papier n'est nécessaire : on scanne son passeport aux portiques et la barrière s'ouvre. La réservation se fait sur la plateforme officielle 12306 ou via une agence en ligne, selon la tolérance qu'on a pour une interface austère. Le principe est le même que pour les billets de visite, où le passeport sert également de titre nominatif.
L'enregistrement manuel des étrangers
Il arrive qu'un passeport étranger ne passe pas au portique et impose un passage au guichet. Rien de grave. Dix à vingt minutes de file, à une heure où le hall est plein. C'est la première raison d'arriver tôt.
À la gare, le soir du départ

Arriver bien plus tôt qu'en France
Les bagages sont réellement fouillés. Pas survolés, fouillés. Compter quarante-cinq minutes à une heure entre l'entrée dans la gare et l'installation dans la voiture, là où un TGV français se prend en un quart d'heure.
Des gares grandes comme des aéroports
Shanghai Hongqiao aligne une trentaine de voies quand une grande gare française en compte sept à dix. Contrôle du passeport à l'entrée, puis contrôle de sécurité, puis une salle d'attente avec sièges et écrans, et enfin l'ouverture de la porte à l'approche du départ.
Trouver sa voiture
Les rames de nuit sont longues. Passer de la voiture 5 à la voiture 15 le long du quai prend plusieurs minutes, avec des bagages, et le quai n'ouvre qu'une fois l'embarquement annoncé. Le numéro figure sur la réservation, et les repères au sol indiquent où se placer.
Dormir vraiment, ou faire semblant
Choisir son étage
Sur les couchettes dures à trois niveaux, le choix compte. La couchette du bas se paie plus cher, sert de banquette à tout le compartiment dans la journée et se trouve au niveau du passage. Celle du haut est la moins chère, la plus tranquille, la plus difficile d'accès, et le plafond y est bas. Celle du milieu fait le compromis évident.
Les lumières et le bruit
L'éclairage général s'éteint vers vingt-deux heures et se rallume vers six. Entre les deux, les annonces sont coupées, sauf aux arrêts importants. Le vrai bruit ne vient pas du train mais du couloir, où l'on circule jusqu'à tard, et des compartiments ouverts en couchette dure.
Ce qu'il faut monter avec soi
Un masque de sommeil et des bouchons d'oreille. Ça change la nuit. De quoi manger aussi, puisque tout s'organise autour du distributeur d'eau chaude. Et de la petite monnaie, pour la voiture-restaurant quand elle n'accepte pas le paiement mobile — cas rare, mais qui arrive sur les rames anciennes, alors que le reste du pays fonctionne entièrement à Alipay et WeChat Pay.
Quand le train de nuit vaut le coup
Douze heures de nuit contre cinq de jour
C'est l'arbitrage réel, et il se pose ligne par ligne. Pékin-Xi'an se fait en cinq heures de jour à grande vitesse, ou en douze heures de nuit. Prendre la version nocturne n'a de sens que si l'on tient à ne pas amputer une journée de visite, et si l'on dort correctement en train.
La nuit d'hôtel économisée
Sur un itinéraire long, chaque trajet nocturne supprime une nuit payée. Deux ou trois trains de nuit sur un circuit de trois semaines représentent une économie qui pèse dans le budget, sans compter les journées récupérées.
Quand il ne vaut pas le coup
Sous huit à dix heures, ça ne vaut pas. La nuit est trop courte pour reposer, et la journée trop peu entamée pour valoir d'être sauvée. Sur ces distances, le train de jour ou le vol intérieur restent plus efficaces.
Ce qu'il faut retenir
Deux familles coexistent : les classiques Z, T et K, lents et partout, et les rames D à couchettes qui traversent le pays de nuit à grande vitesse, dont presque personne ne parle en français. La couchette molle à quatre places est le bon standard, le passeport tient lieu de billet, l'eau chaude est gratuite et les cabines sont mixtes. Le reste du réseau, de jour, est couvert dans le guide du train à grande vitesse.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
- Existe-t-il des trains de nuit en Chine ?
- Oui, et de deux sortes. Les trains classiques des séries Z, T et K roulent la nuit depuis toujours, avec des couchettes dures ou molles, à vitesse modérée. S'y ajoutent des services à grande vitesse de la série D qui circulent de nuit sur les très longues liaisons nord-sud, avec de vraies couchettes : c'est la partie que la plupart des guides francophones ignorent.
- Peut-on dormir dans un TGV chinois ?
- Sur certaines liaisons, oui. Des rames de la série D relient de nuit Shanghai à Shenzhen et à Canton, ainsi que Pékin à Shenzhen, en une dizaine d'heures. Les rames mises en service en 2017 disposent les couchettes dans le sens de la marche plutôt qu'en travers, avec un rideau d'intimité, ce qui change beaucoup de choses quand on essaie de dormir à grande vitesse.
- Quelle différence entre couchette dure et couchette molle ?
- La couchette dure, ying wo, compte six places sur trois niveaux dans un compartiment ouvert sans porte. La couchette molle, ruan wo, en compte quatre sur deux niveaux, dans un compartiment fermé par une porte coulissante qui se verrouille de l'intérieur. La dure revient à la moitié ou aux deux tiers du prix de la molle, et les matelas se ressemblent davantage que les noms ne le laissent croire.
- Combien coûte une couchette dans un train de nuit chinois ?
- Une couchette molle sur une longue liaison tourne autour de 400 yuans, soit une cinquantaine d'euros, et une couchette dure nettement moins. Les cabines de luxe à deux places, réservées à quelques trajets premium, montent de 800 à 1 500 yuans selon la ligne et la saison, soit 100 à 190 euros. Rapporté à une nuit d'hôtel économisée, le calcul penche souvent du bon côté.
- Les cabines des trains de nuit chinois sont-elles mixtes ?
- Oui. La répartition se fait par ordre de réservation, sans distinction, et une voyageuse seule peut donc partager sa cabine avec des hommes. C'est le point qui revient le plus souvent chez les voyageuses occidentales, généralement assorti de la précision qu'elles ne s'y sont pas senties en danger. Les compartiments de couchettes molles se ferment de l'intérieur, ce qui n'est pas le cas des couchettes dures.
- Y a-t-il des toilettes dans les cabines ?
- Non, sauf dans les rares cabines de luxe à deux places. Les toilettes sont situées en bout de voiture, et beaucoup de trains proposent le choix entre le modèle accroupi et le modèle occidental. Prévoir des mouchoirs en papier reste prudent, le distributeur n'étant pas toujours garni.
- Que fournit-on à bord d'un train de nuit en Chine ?
- Sur les couchettes classiques, une couverture, un oreiller et du savon. Sur les rames à grande vitesse de nuit, l'équipement va plus loin : chaussons, trousse de toilette et boîte de collation par couchette, plus une tablette commune dans la cabine. Des points d'eau chaude gratuits sont installés dans chaque voiture, ce qui suffit à préparer des nouilles instantanées.
- Comment réserver un train de nuit chinois depuis la France ?
- Par la plateforme officielle 12306 ou par une agence en ligne, avec le passeport, qui sert ensuite de titre de transport. Les ventes ouvrent quinze jours avant le départ, parfois trente en haute saison, et les couchettes partent bien plus vite que les places assises. Sur les liaisons populaires, réserver le jour de l'ouverture n'a rien d'excessif.
- Faut-il un billet papier pour monter dans un train de nuit ?
- Non. On scanne son passeport aux portiques et la barrière s'ouvre : le document tient lieu de billet, comme sur le reste du réseau. Un étranger doit toutefois parfois passer par un guichet pour un enregistrement manuel, ce qui prend du temps et justifie d'arriver en avance.
- Le train de nuit vaut-il mieux que le train de jour en Chine ?
- Cela dépend de la distance. Sur un trajet que le train à grande vitesse couvre en cinq heures de jour, la nuit n'apporte rien sinon la fatigue. Au-delà de dix heures, en revanche, la nuit fait disparaître la journée de transport et économise une nuit d'hôtel, ce qui change l'économie d'un itinéraire long.
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