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Carnet de Chine

Nankin, la capitale d'avant Pékin

Les remparts Ming les plus longs du monde, le mausolée du fondateur de la dynastie et le mémorial de 1937 : visiter Nankin à une heure de Shanghai.

Par MaxPublié le Mis à jour le 7 min de lecture

Le nom le dit, et presque personne ne le remarque. Nankin, c'est 南京, la capitale du Sud, exactement comme Pékin est 北京, la capitale du Nord. Deux villes nommées par leur fonction, et une seule a gardé le poste.

C'est toute l'histoire de la ville. Nankin a été le centre de la Chine, l'a perdu, et vit depuis avec les monuments d'une capitale sans en être une.

La capitale que la Chine a quittée

Hongwu fonde l'empire ici

Quand un ancien moine mendiant chasse les Mongols et fonde la dynastie Ming en 1368, il établit sa capitale à Nankin. C'est ici qu'il bâtit son palais, ses remparts et son tombeau, et c'est ici que se met en place l'administration mandarinale qui gouvernera la Chine pendant près de trois siècles, avec ses concours, ses ministères et sa hiérarchie de lettrés fonctionnaires.

Yongle part pour Pékin

Son fils en décide autrement. En 1420, l'empereur Yongle transfère le gouvernement vers le nord et fait construire la Cité interdite, qui existe précisément parce que Nankin a été abandonnée. La ville garde le titre de capitale secondaire et une administration de façade, mais le pouvoir est parti, et il ne reviendra que brièvement, cinq siècles plus tard, sous la République.

Ce que la ville a gardé

Les monuments, eux, sont restés. Nankin conserve les remparts, le mausolée du fondateur et l'échelle urbaine d'une capitale impériale, mais sans la fréquentation qui accompagne une ville où tout le monde se rend au moins une fois : on y visite les mêmes types de monuments qu'à Pékin, souvent seul devant. C'est ce contraste qui fait son intérêt.

Les remparts, les plus longs du monde

Trente-trois kilomètres

Le chiffre surprend même les habitués. La muraille Ming de Nankin fait 33 kilomètres, douze mètres de haut et sept d'épaisseur : c'est la plus longue muraille urbaine encore debout au monde. À titre de comparaison, celle de Pingyao, pourtant réputée, en fait six.

Ce qu'on en parcourt

Personne ne les fait en entier. Plusieurs tronçons sont aménagés et se marchent, notamment vers la porte Zhonghua et le long du lac Xuanwu, et c'est largement suffisant pour saisir l'échelle. Une heure de marche sur le chemin de ronde en dit plus que n'importe quelle photographie.

La porte Zhonghua de Nankin vue depuis l'esplanade, mur de brique massif percé d'une arche, panneau explicatif à droite
La porte Zhonghua depuis l'esplanade. Le panneau de droite montre le plan des quatre enceintes emboîtées qui font de l'ouvrage une forteresse plutôt qu'une porte.·Photo : Chainwit. · CC BY 4.0 / Unsplash

La porte Zhonghua

Ce n'est pas une porte mais une forteresse. Zhonghua enchaîne quatre enceintes successives, avec des chambres creusées dans l'épaisseur du mur où l'on postait des soldats en embuscade : un assaillant qui franchissait la première se retrouvait pris au piège dans la suivante. C'est le plus spectaculaire des ouvrages conservés.

La Colline pourpre

Le mausolée de Hongwu

Le tombeau du fondateur des Ming, le mausolée Xiaoling, est classé au patrimoine mondial. Il a servi de modèle à tous les tombeaux impériaux qui ont suivi, y compris ceux des Ming près de Pékin, ce qui en fait la matrice d'un type architectural entier.

Deux éléphants de pierre monumentaux encadrant l'allée dallée de la voie sacrée du mausolée Xiaoling, sous les arbres
La voie sacrée du mausolée Xiaoling. Les éléphants font partie d'une série d'animaux et de dignitaires qui bordent l'allée sur près de deux kilomètres.·Photo : Xiquinho Silva · CC BY 2.0 / Unsplash

La voie sacrée

L'allée qui y mène vaut le tombeau lui-même. Bordée de statues d'animaux et de dignitaires en pierre — éléphants, chameaux, lions — elle serpente sur près de deux kilomètres au lieu de filer droit comme le voulait l'usage, un écart que la tradition attribue au relief de la colline et que personne n'a jamais corrigé. Sous les érables en automne, c'est la plus belle promenade de la ville.

Le mausolée de Sun Yat-sen

Autre époque, autre monument. Le fondateur de la République repose au sommet de 392 marches de marbre blanc, dans un ensemble bâti dans les années 1920 qui mêle codes impériaux et architecture moderne. La montée est raide et la vue sur la ville la justifie.

Le temple Linggu

Moins couru, il complète la journée sans effort d'itinéraire. On y trouve une salle sans poutre, entièrement voûtée en brique, curiosité architecturale rare en Chine où le bois domine.

Le mémorial du massacre de 1937

Ce que le lieu documente

L'armée japonaise entre dans Nankin le 13 décembre 1937, et les six semaines qui suivent comptent parmi les épisodes les plus violents de la guerre en Asie. Le mémorial documente cette période à travers des archives, des témoignages et un ossuaire présentant des restes exhumés sur place.

Comment le visiter

L'entrée est libre, et c'est l'un des lieux les plus fréquentés de la ville. La visite est longue et éprouvante. Mieux vaut lui consacrer une demi-journée entière et ne rien enchaîner derrière : beaucoup de visiteurs sortent de là incapables de reprendre un programme touristique normal.

Ce qu'il faut savoir avant

Le mémorial est un lieu de mémoire nationale, pas un musée d'histoire neutre, et le ton s'en ressent. Cela ne retire rien à ce qu'il documente, mais il vaut mieux le savoir en entrant. Les photographies sont interdites dans plusieurs salles, et l'attitude attendue est celle d'un lieu de recueillement.

Le temple de Confucius et la Qinhuai

Fuzimiao, le soir

Le quartier du temple de Confucius borde la rivière Qinhuai et concentre la vie nocturne de Nankin. Lanternes rouges, bateaux illuminés, échoppes de nourriture : c'est joli, très fréquenté, et c'est là que la ville se montre.

Ce qui est reconstruit

Un point d'honnêteté utile avant d'y chercher de l'ancien. Le quartier a brûlé en 1937, un tiers des bâtiments de la ville ayant été détruits, et ce qu'on visite aujourd'hui a été rebâti puis largement rénové. Le décor est réussi. L'ancienneté est une reconstitution.

La rivière en barque

Les bateaux à lanternes font le tour du bief en une trentaine de minutes, à la nuit tombée. C'est touristique et parfaitement assumé, et la perspective depuis l'eau vaut mieux que la même chose depuis la berge.

Le palais présidentiel

Trois pouvoirs, un seul lieu

L'endroit a servi de résidence impériale, de quartier général au royaume céleste des Taiping pendant leur révolte, puis de siège au gouvernement de la République de Chine de 1927 à 1949. Peu de lieux en Chine racontent autant de régimes différents dans une même enceinte.

Ce qu'on y voit

Des bureaux conservés en l'état, des salles de réunion, et un jardin classique qui contraste avec les bâtiments administratifs de style occidental. Comptez deux heures, davantage si l'histoire républicaine vous intéresse.

Le lac Xuanwu

Un lac dans les murs

Quatre kilomètres carrés et demi d'eau adossés aux remparts, au nord-est du centre, avec cinq îles reliées entre elles par des ponts en arc. C'est l'un des rares endroits où l'on voit la muraille depuis l'extérieur sur une longue perspective dégagée, et le contraste entre le mur Ming et les tours du centre-ville résume la ville en une image.

Ce qu'on y fait

Rien de spectaculaire, et c'est le propos. On y marche, on y loue une barque, on y croise les habitants qui viennent y courir le matin et y danser le soir. Après une demi-journée au mémorial, c'est l'endroit qui permet de reprendre pied avant de continuer.

Le combiner avec les remparts

Le tronçon de muraille qui longe le lac est l'un des mieux aménagés, ce qui permet d'enchaîner les deux sans reprendre le métro. Compter deux heures pour la promenade complète, en marchant sans se presser.

À table, ce que Nankin a de particulier

Le canard salé

La ville a une spécialité qui la définit autant que ses remparts : le canard salé (盐水鸭, yánshuǐ yā), saumuré puis poché, servi froid en tranches, à la chair pâle et ferme. Rien à voir avec le canard laqué de Pékin, qui joue sur la peau croustillante et le gras — celui de Nankin est sobre, salin, et se mange comme une charcuterie.

Le canard sous toutes ses formes

Il ne s'arrête pas là. La soupe de vermicelles au sang de canard est un plat de rue courant, et les abats se déclinent en une série de préparations que les cartes traduisent rarement. Les Nankinois assument la réputation qui va avec, et la quantité de canard consommée dans la ville est un sujet de plaisanterie nationale.

Où en manger

Les boutiques spécialisées se repèrent à la file d'attente et vendent au poids, à emporter, ce qui est la façon locale de faire. Les restaurants du quartier de Fuzimiao en servent aussi, dans une version plus policée et plus chère. Les deux se valent selon ce qu'on cherche.

Carte · pincer ou scroller pour zoomer

Carte de Nankin : la porte Zhonghua et Fuzimiao au centre-sud, le mémorial à l'ouest, le lac Xuanwu au nord, les deux mausolées à l'est sur la Colline pourpre, la gare Sud à l'écart

Ce que la carte explique mieux qu'un texte : les sites sont dispersés. Les deux mausolées se touchent à l'est sur la Colline pourpre, le centre historique est au milieu, le mémorial à l'ouest, et la gare Sud largement à l'écart.

  1. Porte Zhonghua et remparts
  2. Temple de Confucius (Fuzimiao) et rivière Qinhuai
  3. Mémorial du massacre de 1937
  4. Lac Xuanwu
  5. Mausolée Xiaoling des Ming
  6. Mausolée de Sun Yat-sen
  7. Gare de Nankin Sud
© OpenStreetMap contributors · Tiles : OpenFreeMap

Y aller et se déplacer

Une heure depuis Shanghai

Le train à grande vitesse relie Shanghai à Nankin en une heure à une heure trente selon le service, avec des départs très fréquents depuis Hongqiao. Nankin est aussi reliée directement à Pékin, Hangzhou et Huangshan par le réseau à grande vitesse.

Les gares

Deux gares principales desservent la ville, Nankin Sud pour l'essentiel des trains rapides et Nankin pour le reste. Toutes deux sont sur le métro, ce qui simplifie l'arrivée, mais elles ne sont pas interchangeables : vérifier laquelle figure sur le billet.

Une ville étendue

C'est le point qui pèse le plus sur un programme. La Colline pourpre, le mémorial et le centre historique sont éloignés les uns des autres, et chaque trajet coûte trente à quarante minutes de métro. Grouper les visites par secteur change tout.

Combien de temps y rester

Deux jours pour l'essentiel

Une journée pour la Colline pourpre, une autre pour les remparts, le mémorial et le centre. C'est le découpage qui fonctionne, et il laisse une soirée à Fuzimiao.

Une journée depuis Shanghai

C'est possible et beaucoup le font, mais il faut choisir : la Colline pourpre ou le centre historique, pas les deux. La tentation de tout enchaîner produit une journée passée dans le métro.

Quand venir

L'automne d'abord

Octobre et novembre offrent le meilleur compromis, avec les érables de la Colline pourpre qui tournent au rouge. Le printemps fonctionne aussi, à condition d'accepter la pluie.

L'été, à éviter

Nankin a la réputation d'être l'une des villes les plus pénibles de Chine en été : chaleur lourde et humidité constante, dans une cuvette mal ventilée. Les monuments s'y visitent mal, et les 392 marches de Sun Yat-sen deviennent une épreuve.

Questions fréquentes

Pourquoi Nankin s'appelle-t-elle ainsi ?
Le nom signifie littéralement capitale du Sud, 南京, par symétrie avec Pékin, 北京, la capitale du Nord. Ce n'est pas une image : Nankin a réellement été la capitale de la Chine, notamment au début de la dynastie Ming, avant que l'empereur Yongle ne transfère le gouvernement vers le nord en 1420.
Comment aller à Nankin depuis Shanghai ?
En train à grande vitesse, en une heure à une heure trente selon le service. Les départs sont très fréquents depuis Shanghai Hongqiao, et la ville se prête donc aussi bien à une excursion d'une journée qu'à un séjour de deux ou trois jours. Nankin est également reliée directement à Pékin, Hangzhou et Huangshan.
Quelle est la longueur des remparts de Nankin ?
Trente-trois kilomètres, pour douze mètres de haut et sept mètres d'épaisseur. C'est la plus longue muraille urbaine encore debout au monde, bâtie au XIVᵉ siècle sous le premier empereur Ming. Tous les tronçons ne se parcourent pas, mais plusieurs sections aménagées permettent d'y marcher.
Que voir sur la Colline pourpre ?
Trois sites majeurs y sont regroupés : le mausolée Xiaoling de l'empereur Hongwu, fondateur des Ming et classé au patrimoine mondial ; le mausolée de Sun Yat-sen, fondateur de la République, auquel mènent 392 marches de marbre blanc ; et le temple Linggu. Prévoir une journée entière pour les trois sans courir.
Le mémorial du massacre de Nankin se visite-t-il ?
Oui, l'entrée est libre et le mémorial est l'un des lieux les plus fréquentés de la ville. Il documente l'occupation de Nankin par l'armée japonaise à partir du 13 décembre 1937 et les six semaines qui ont suivi. La visite est éprouvante, longue, et mieux vaut ne pas l'enchaîner avec autre chose dans la même demi-journée.
Combien de temps faut-il pour visiter Nankin ?
Deux à trois jours pour en faire le tour sans se presser. Une journée depuis Shanghai reste possible et permet de voir la Colline pourpre ou le centre historique, mais pas les deux. La ville est étendue et les sites sont éloignés les uns des autres, ce qui pèse plus sur le programme que le nombre de visites.
Qu'est-ce que le quartier de Fuzimiao ?
L'ancien quartier du temple de Confucius, sur les rives de la rivière Qinhuai. C'est aujourd'hui le cœur touristique et nocturne de Nankin, avec ses lanternes, ses bateaux et ses échoppes de nourriture. Une grande partie a été reconstruite après les destructions de 1937 puis rénovée récemment, ce qu'il vaut mieux savoir avant d'y chercher de l'authenticité.
Qu'est-ce que le palais présidentiel de Nankin ?
Le siège du gouvernement de la République de Chine entre 1927 et 1949, installé dans un ensemble bien plus ancien qui fut aussi un palais impérial puis le quartier général du royaume céleste des Taiping. Il se visite comme un musée, et son jardin classique tranche avec les bâtiments administratifs de style occidental.
Quelle est la meilleure saison pour Nankin ?
Le printemps et l'automne, sans hésitation. Les étés y sont réputés parmi les plus pénibles de Chine, chauds et très humides, et l'hiver est froid sans être franchement enneigé. Octobre et novembre offrent le meilleur compromis, avec les érables de la Colline pourpre en prime.
Nankin vaut-elle le détour si l'on a peu de temps ?
Elle se justifie surtout pour qui s'intéresse à l'histoire chinoise plutôt qu'aux paysages. Sur un premier voyage court, Suzhou ou Hangzhou depuis Shanghai offrent un dépaysement plus immédiat. Nankin prend son sens quand on a déjà vu la Cité interdite et qu'on veut comprendre d'où elle vient.

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