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Carnet de Chine

Pingyao : la cité fortifiée du Shanxi

Remparts Ming complets, 22 sites au billet combiné et la première banque de Chine : visiter Pingyao, quelle gare viser et combien de temps y rester.

Par MaxPublié le Mis à jour le 8 min de lecture
Une tour de porte à trois niveaux de toits de tuiles vernissées vertes se dresse au-dessus du rempart de brique crénelé de Pingyao, éclairée en lumière rasante dorée sur un ciel gris d'orage
La tour de porte et le rempart Ming, qui ceinture encore entièrement la vieille ville. Pingyao a gardé son enceinte là où presque toutes les autres l'ont perdue.·Photo : Liang Chuang / Unsplash

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La plupart des vieilles villes chinoises sont des reconstitutions. On y trouve des façades refaites, des boutiques de souvenirs et des figurants en costume, sur un plan qui date parfois des années 2000.

Pingyao, non. Ses remparts sont d'origine, ses ruelles suivent le tracé Ming, et les maisons qui les bordent ont été bâties par des familles dont on connaît le nom, le métier et parfois la fortune exacte, parce qu'elles tenaient des livres de comptes que la ville a conservés. C'est ce qui lui vaut son classement, et c'est aussi ce qui la rend déroutante : on croit entrer dans un décor et l'on tombe sur une ville.

Vue aérienne de Pingyao : le rempart et sa tour de porte au premier plan, la trame serrée des maisons à cour derrière, la ville moderne au fond
Tout l'intérêt de Pingyao tient dans cette image : le mur, la trame serrée des cours à toits gris qu'il enferme, et la ville moderne qui commence juste derrière.·Photo : Chensiyuan · CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons

Ce qu'on regarde vraiment

Le Wall Street de l'empire

Voici ce que les photos ne disent pas. Pingyao n'était pas une ville de garnison ni une capitale provinciale, mais le centre financier de la Chine. C'est ici qu'est née la banque chinoise, et la ville doit sa richesse — donc ses murs, ses cours et sa conservation — à l'argent des marchands du Shanxi.

Rishengchang, la première banque de Chine

Elle est fondée en 1823, et son idée est simple autant que révolutionnaire pour l'époque : déposer de l'argent dans une ville, le retirer dans une autre sur présentation d'une traite. Plus besoin de convoyer des lingots à travers un pays immense et mal sûr. Le système porte un nom, le piaohao (票号), et Pingyao en fut la capitale incontestée pendant près d'un siècle, au point que les grandes maisons de la ville se comptaient par dizaines et que leurs traites circulaient d'un bout à l'autre de l'empire.

La moitié de l'économie chinoise

Le succès dépasse la région. À son apogée au XIXᵉ siècle, Rishengchang contrôle près de la moitié de l'économie chinoise et ouvre des succursales jusqu'en Russie, en Mongolie et au Japon. La ville forme l'ossature financière de la dynastie Qing pendant près d'un siècle.

Pourquoi elle a survécu intacte

Le déclin l'a sauvée. Quand les banques modernes s'installent à Shanghai et que le chemin de fer contourne le Shanxi, Pingyao s'appauvrit et cesse de construire. Rien n'y est démoli faute de moyens pour reconstruire, et la ville traverse le XXᵉ siècle figée pendant que le reste du pays se transforme — un appauvrissement qui s'est retourné en chance patrimoniale. Elle entre au patrimoine mondial en 1997.

Les remparts

Six kilomètres, douze mètres

Le mur fait 6 163 mètres de périmètre pour douze mètres de haut, doublé d'une douve de quatre mètres de large. Ce sont les remparts urbains Ming les mieux conservés du pays, et le chemin de ronde se parcourt entièrement.

Tour de porte de Pingyao vue du sol, avec des visiteurs marchant sur le chemin de ronde du rempart
Une des six tours de porte, et le chemin de ronde sur lequel on marche. Les silhouettes en haut à droite donnent l'échelle des douze mètres.·Photo : lienyuan lee · CC BY 3.0 / Wikimedia Commons

La ville-tortue

Les six portes ne sont pas disposées au hasard. La porte sud figure la tête de l'animal, la porte nord la queue, et les quatre portes latérales ses pattes : Pingyao est une ville-tortue, symbole de longévité et de stabilité. Le plan a été conçu pour l'évoquer, et la lecture tient encore sur une carte.

Soixante-douze tours, trois mille créneaux

Le mur compte 72 tours de guet et plus de trois mille créneaux. Ces nombres ne doivent rien au hasard non plus : ils renverraient aux soixante-douze disciples et aux trois mille élèves de Confucius. On peut n'y voir qu'une légende tenace, mais elle dit assez ce que les bâtisseurs voulaient inscrire dans la pierre.

Marcher dessus

Le tour complet demande environ deux heures sans se presser, et c'est le meilleur moyen de comprendre la ville : on voit les toits, les cours intérieures, la trame des ruelles, et l'on saisit d'un coup ce qui reste illisible depuis le sol. À faire en fin d'après-midi. La lumière rase alors les tuiles.

Le billet combiné

125 ¥ pour 22 sites, trois jours

Un point à comprendre avant d'arriver : la ville elle-même est libre d'accès. On entre par les portes sans payer, on se promène, on mange et on dort sans billet. Le billet combiné à 125 ¥, environ 17 euros, ouvre 22 sites précis dont les remparts et Rishengchang. Il reste valable trois jours, et le tarif réduit tombe à 65 ¥.

Ce qu'il couvre

Les remparts, la banque, le tribunal, plusieurs temples, des résidences de marchands et quelques musées thématiques. Rapporté au nombre de sites, l'entrée revient à moins de six yuans, ce qui est dérisoire.

Ce qu'on peut sauter

Personne ne visite les vingt-deux, et personne ne devrait essayer. Beaucoup des petits musées se ressemblent, et l'intérêt décroît vite après les cinq ou six premiers. Mieux vaut en choisir quelques-uns et garder du temps pour flâner sans but, qui est le vrai plaisir de Pingyao.

Les billets et visites de la vieille ville

Activités proposées par GetYourGuide.

Les sites qui comptent

Rishengchang, la banque

C'est la visite à ne pas manquer, et pas seulement pour l'histoire. La maison est restée en l'état : les guichets, les coffres, les chambres fortes, les logements du personnel et jusqu'au système de codes qui protégeait les traites contre la falsification. On comprend en une heure comment fonctionnait une banque avant les banques.

Le yamen, le tribunal

L'ancien siège de l'administration locale se visite aussi, avec sa salle d'audience, ses cellules et ses instruments. Des reconstitutions de procès y sont jouées plusieurs fois par jour, ce qui plaît beaucoup aux visiteurs chinois et beaucoup moins à qui cherche le calme.

Les temples et les résidences

Le temple de Confucius et le temple de la Ville accompagnent une série de maisons de marchands ouvertes à la visite. Elles se ressemblent, mais deux ou trois donnent une idée juste de ce qu'était une grande famille du Shanxi.

Deux gares, et le piège

Carte · pincer ou scroller pour zoomer

Carte de Pingyao : la cité ancienne et sa gare classique côte à côte, la gare à grande vitesse à sept kilomètres au sud-ouest, la résidence Qiao au nord-est

Le piège des deux gares, d'un coup d'œil : la gare classique touche la ville, celle qui porte pourtant le nom de « Cité ancienne » s'en trouve à six kilomètres. La résidence de la famille Qiao est à une trentaine de kilomètres au nord-est.

  1. Rishengchang, au cœur de la cité fortifiée
  2. Gare de Pingyao — trains classiques, contre les murs
  3. Gare de Pingyao Cité ancienne — trains à grande vitesse, 6 km
  4. Résidence de la famille Qiao, à 32 km
© OpenStreetMap contributors · Tiles : OpenFreeMap

Pingyao Cité ancienne, à sept kilomètres

C'est la gare à grande vitesse, et son nom trompe. Malgré l'appellation, elle se trouve à sept kilomètres des remparts, ce qui impose un taxi ou une navette à l'arrivée. Elle est desservie depuis Taiyuan Sud, Pékin Ouest et Xi'an Nord.

Pingyao, contre les murs

L'autre gare, simplement nommée Pingyao, accueille les trains classiques et se trouve juste à l'extérieur des remparts, à quelques minutes de marche. Elle est reliée à Pékin, Xi'an, Chengdu, Chongqing, Datong et Taiyuan.

Laquelle viser

Cela dépend de ce qu'on optimise. Le train rapide gagne du temps sur le trajet et le perd à l'arrivée ; le train classique dépose au pied des murs mais roule plus lentement. Depuis Taiyuan, à une heure, la question ne se pose guère. Le détail du réseau à grande vitesse aide à trancher pour les trajets longs.

À table, ce que le Shanxi a de particulier

Les nouilles coupées au couteau

C'est le geste qu'on vient voir autant que le plat. Le cuisinier tient contre lui un pâton compact et le tranche à la volée d'une lame courte, projetant les lambeaux directement dans l'eau bouillante, à une cadence qui rend l'opération difficile à suivre du regard. Les daoxiao mian en sortent irrégulières, épaisses au centre et fines sur les bords, ce qui leur donne une texture qu'aucune nouille étirée n'égale.

Le bœuf de Pingyao

La ville a une spécialité qui porte son nom et qui la précède de loin : un jarret longuement mijoté puis mariné, servi froid en tranches fines d'un rouge sombre. La réputation remonte au milieu de la dynastie Ming, ce qui en fait un produit aussi ancien que les remparts. On le trouve partout en ville, sous vide dans les boutiques comme à la carte des restaurants.

Le vinaigre, qui n'est pas un condiment

Le Shanxi est la province du vinaigre en Chine, et Pingyao l'un de ses centres de production. C'est un pan de la cuisine chinoise que les circuits classiques ne croisent jamais. Le vinaigre noir vieilli y accompagne à peu près tout, nouilles comprises, et se boit même parfois seul en petite quantité. Il se vend en bouteilles de toutes tailles, et c'est le souvenir comestible le plus caractéristique qu'on puisse rapporter d'ici.

Où manger sans se tromper

Les rues principales alignent des restaurants à carte illustrée et prix affichés, corrects sans plus. Les adresses intéressantes se trouvent une ruelle plus loin, souvent minuscules, sans anglais, et il suffit de désigner ce que mangent les voisins. Les auberges servent aussi, ce qui dépanne le premier soir.

Dormir dans les murs

Les hébergements de Pingyao et leurs tarifs du moment. Tout l'enjeu est d'être dans les remparts, et la carte dit d'un coup d'œil qui l'est.

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Les auberges à cour carrée

C'est le choix qui change le séjour. Les hébergements de la vieille ville sont d'anciennes maisons de marchands organisées autour d'une cour centrale, converties en auberges. On y dort dans les chambres qui donnent sur la cour, et l'on prend son petit-déjeuner dehors quand il fait doux.

Le kang, qui surprend

Beaucoup proposent des kangs, ces lits de brique chauffés par en dessous, traditionnels dans le nord de la Chine. C'est une expérience à faire, en sachant que la surface est dure et la literie ferme. Les auberges qui les proposent le signalent, et la plupart ont aussi des lits ordinaires.

Ce qu'il faut vérifier

Le confort est inégal d'une adresse à l'autre, et le chauffage compte beaucoup en hiver. Dormir hors des remparts revient moins cher, mais fait rater le moment le plus intéressant de la journée.

Combien de temps rester

Une nuit au minimum

Pingyao se visite très mal en excursion. Les cars déversent leurs groupes en milieu de matinée et les reprennent en fin d'après-midi, si bien qu'un visiteur qui arrive et repart dans la journée ne voit la ville que pendant ses heures les plus chargées, les plus bruyantes et les moins photogéniques.

Ce que la nuit change

Quand les excursionnistes repartent, la ville se transforme. Les ruelles se vident, les lanternes s'allument le long des rues principales, et l'on retrouve une ville habitée plutôt qu'un décor traversé. C'est à ce moment-là que Pingyao mérite sa réputation.

Deux nuits, pour les environs

Une seconde nuit permet d'ajouter les résidences de marchands des alentours sans courir, et de refaire le tour des remparts à une autre heure.

Aux alentours

Les résidences de marchands

À une quarantaine de kilomètres, la résidence de la famille Qiao aligne plusieurs centaines de pièces autour d'une succession de cours. Ces complexes ont été bâtis par les banquiers de la région, et plusieurs films chinois célèbres y ont été tournés. Ils prolongent directement ce que la banque raconte.

Datong, plus au nord

Le Shanxi ne se résume pas à Pingyao. Les grottes bouddhiques de Datong demandent une journée entière et un trajet, mais elles complètent le tableau d'une province que les circuits classiques évitent.

Quand venir

Un climat continental marqué

Les étés sont chauds et poussiéreux, les hivers descendent nettement sous zéro avec un vent qui balaie les remparts sans obstacle. Le printemps et l'automne sont donc les saisons à viser, septembre et octobre en tête.

Ce qu'il faut éviter

La semaine de la fête nationale, début octobre. Une ville close par des murs et parcourue de ruelles étroites n'absorbe pas les foules de la Golden Week : elle sature.

Questions fréquentes

Où se trouve Pingyao et comment y aller ?
Dans la province du Shanxi, au centre-nord de la Chine, à une heure de train de Taiyuan. Attention au piège : la ville a deux gares homonymes. Pingyao Cité ancienne accueille les trains à grande vitesse mais se trouve à sept kilomètres des remparts, tandis que la gare de Pingyao, desservie par les trains classiques, est adossée aux murs.
Combien coûte l'entrée à Pingyao ?
La ville elle-même est libre d'accès : on entre par les portes sans payer, on se promène dans les ruelles, on mange et on dort sans billet. Le billet combiné à 125 ¥, environ 17 euros, ouvre 22 sites dont les remparts et la banque Rishengchang. Il reste valable trois jours et le tarif réduit est de 65 ¥.
Qu'est-ce que la banque Rishengchang ?
La première banque de dépôt de Chine, fondée à Pingyao en 1823. Elle inventa le système des piaohao, qui permettait de déposer de l'argent dans une ville et de le retirer dans une autre sur présentation d'une traite. À son apogée au XIXᵉ siècle, elle contrôlait près de la moitié de l'économie chinoise, avec des succursales jusqu'en Russie, en Mongolie et au Japon.
Quelle est la taille des remparts de Pingyao ?
Six kilomètres cent soixante-trois de périmètre, douze mètres de hauteur, doublés d'une douve de quatre mètres de large. Ils comptent six portes en chicane, 72 tours de guet et plus de trois mille créneaux, nombres qui renverraient aux 72 disciples et aux trois mille élèves de Confucius. Ce sont les remparts urbains Ming les mieux conservés de Chine.
Pourquoi appelle-t-on Pingyao la ville-tortue ?
À cause de la disposition de ses six portes. La porte sud figure la tête, la porte nord la queue, et les quatre portes latérales les pattes de l'animal. La tortue symbolise la longévité et la stabilité dans la culture chinoise, et le plan de la ville a été conçu pour l'évoquer.
Combien de temps faut-il rester à Pingyao ?
Une nuit sur place au minimum, ce qui donne une journée pleine et deux soirées. La ville change complètement quand les excursionnistes repartent : les ruelles se vident, les lanternes s'allument, et l'on retrouve une ville habitée plutôt qu'un décor. Deux nuits permettent d'ajouter les résidences de marchands des environs.
Où dormir à Pingyao ?
Dans une auberge à cour carrée à l'intérieur des remparts, sans hésiter. Ce sont d'anciennes maisons de marchands réaménagées, organisées autour d'une cour centrale, souvent équipées de kangs, ces lits de brique chauffés par en dessous. Le confort est inégal et la literie ferme, mais dormir hors des murs fait rater ce qui rend le séjour intéressant.
Le billet combiné de Pingyao vaut-il son prix ?
Oui si l'on reste au moins une journée pleine, non pour un simple passage. Vingt-deux sites pour 125 ¥ revient à moins de six yuans l'entrée, et les remparts seuls justifient déjà une partie de la somme. En revanche, personne ne visite les vingt-deux : mieux vaut en choisir cinq ou six et flâner pour le reste.
Quelle est la meilleure période pour aller à Pingyao ?
Le printemps et l'automne. Le Shanxi a un climat continental marqué : les étés sont chauds et poussiéreux, les hivers descendent nettement sous zéro, avec un vent qui balaie les remparts. Septembre et octobre offrent le meilleur compromis, en évitant la semaine de la fête nationale début octobre.
Que voir autour de Pingyao ?
Les grandes résidences de marchands du Shanxi, dont celle de la famille Qiao, à une quarantaine de kilomètres. Ce sont des complexes de plusieurs centaines de pièces bâtis par les banquiers de la région, et le décor de plusieurs films chinois célèbres. Plus au nord, Datong et ses grottes bouddhiques demandent une journée entière.

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