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Carnet de Chine

Datong : les grottes de Yungang et le monastère suspendu

Datong à 1 h 45 de Pékin en train : les grottes de Yungang et leurs 51 000 statues, le monastère suspendu de Xuankong, et le piège du billet de montée.

Par MaxPublié le Mis à jour le 9 min de lecture
Falaise de grès des grottes de Yungang à Datong : un bouddha colossal assis sculpté dans une niche, la paroi criblée de petites niches, une passerelle de visiteurs et une foule au pied du rocher
Les grottes de Yungang, près de Datong. La foule au pied de la paroi donne l'échelle du bouddha assis.·Photo : X F / Unsplash

Datong est la grande absente des circuits classiques. C'est difficilement justifiable : la ville abrite l'un des trois plus grands ensembles rupestres bouddhiques du pays, à moins de deux heures de train de Pékin, sur l'axe même que tout le monde emprunte pour rejoindre Xi'an. Les voyageurs francophones passent devant sans s'arrêter, sur la route entre la capitale et Xi'an.

Ce guide traite les deux sites qui justifient le détour : les grottes de Yungang et le monastère suspendu de Xuankong. Avec une réserve importante sur l'accès au second, qui a changé en 2026 et déçoit ceux qui l'ignorent.

Pourquoi s'y arrêter

Deux sites qui n'ont pas d'équivalent

Les grottes de Yungang, inscrites au patrimoine mondial en 2001, appartiennent au trio des grands sanctuaires rupestres chinois, avec Longmen près de Luoyang et Mogao à Dunhuang. Ce sont les traces les plus spectaculaires de l'implantation du bouddhisme en Chine, et Yungang est de loin la plus accessible des trois depuis Pékin.

Le monastère suspendu, lui, ne ressemble à rien d'autre : un ensemble de bâtiments de bois accrochés à une paroi verticale, soutenus par des pieux plantés dans la roche, à flanc de gorge.

Ce que ça change à un itinéraire

Tout tient à la géographie. Y faire halte casse un long trajet ferroviaire en deux et ajoute deux sites majeurs sans le moindre détour, ce qui reste l'argument décisif, plus encore que la qualité des sites eux-mêmes.

En revanche, sur un premier voyage de dix jours, Datong est de trop. Le triangle Pékin-Xi'an-Shanghai mérite d'abord d'être approfondi.

Y aller depuis Pékin

En train à grande vitesse

Plus de quarante-cinq trains rapides desservent Datong chaque jour, au départ de Pékin-Nord ou de Qinghe, à l'arrivée à la gare de Datong-Sud. Les plus rapides mettent 1 h 45, les autres jusqu'à trois heures selon le nombre d'arrêts. Comptez 143 à 170 yuans en seconde classe.

La ligne à grande vitesse a ouvert en décembre 2019, ce qui explique que beaucoup de guides encore en circulation annoncent des durées de six heures. Les modalités de réservation sont détaillées dans le guide du train à grande vitesse.

Les trains classiques

Une dizaine de trains conventionnels font toujours le trajet, en cinq heures et demie à sept heures. Ils n'ont plus d'intérêt sauf pour un trajet de nuit, et encore, la distance étant courte.

Depuis Xi'an

La liaison existe également vers le sud, ce qui permet d'insérer Datong entre les deux villes plutôt que d'en faire un aller-retour depuis Pékin. C'est la formule la plus efficace pour qui remonte ou descend cet axe.

Les grottes de Yungang

Ce qu'on y voit

Le site s'étire sur environ un kilomètre de falaise de grès, creusée à partir du Ve siècle sous la dynastie des Wei du Nord, alors que Datong était leur capitale. L'UNESCO y dénombre 252 cavités abritant près de 51 000 statues, dont les dimensions vont de quelques centimètres à dix-sept mètres.

Les plus grandes occupent des grottes entières, le visiteur se tenant au pied d'un bouddha assis dont la tête disparaît dans la pénombre du plafond. D'autres cavités, plus petites, sont entièrement tapissées de niches et de figures sculptées, du sol au sommet.

Les cinq grottes de Tanyao

C'est le cœur historique du site, et la partie qu'il ne faut pas manquer. Les grottes numérotées 16 à 20 sont les premières creusées, entre 460 et 471, sous la direction du moine Tanyao. Chacune suit le même plan : une salle unique dominée par un bouddha colossal.

Leur particularité tient à ce qu'elles représentent : chaque statue géante figure symboliquement un empereur de la dynastie. Sculpter le souverain sous les traits du Bouddha réglait une difficulté politique de l'époque, en réconciliant l'autorité impériale et la loi bouddhique.

Pourquoi ici, et pourquoi à cette date

Datong s'appelait alors Pingcheng, et c'était la capitale des Wei du Nord, une dynastie d'origine non chinoise venue du nord des steppes. L'ensemble a été creusé, sculpté puis peint entre 460 et 493 sous le patronage direct des empereurs.

Cela explique l'ampleur du chantier et sa cohérence : Yungang n'est pas un site qui s'est constitué par accumulation sur des siècles, mais une commande impériale menée en une trentaine d'années. On y lit aussi le métissage artistique de l'époque, où les influences d'Asie centrale et indiennes se mêlent aux formes chinoises.

Tarifs et horaires

L'entrée coûte 120 yuans de mars à novembre, et 80 yuans de décembre à février. Le site ouvre de 8 h 30 à 17 h 30 du 1er avril au 15 octobre, puis de 8 h 30 à 16 h 50 du 16 octobre au 31 mars.

Combien de temps prévoir

Deux à trois heures constituent un minimum raisonnable, et l'on peut y passer une demi-journée sans s'ennuyer. Le parcours est long et entièrement en extérieur entre les grottes, ce qui rend la météo déterminante.

Y aller depuis la ville

Comptez environ quarante-cinq minutes de route depuis le centre de Datong. Les taxis et les applications de réservation couvrent le trajet sans difficulté.

Le monastère suspendu de Xuankong

Le site

Il se dresse à flanc de falaise au pied du mont Heng, à environ soixante-cinq kilomètres au sud-est de Datong, quelque soixante-quinze mètres au-dessus du fond de la vallée. La construction remonte à la dynastie des Wei du Nord, soit près de mille cinq cents ans.

Comment il tient

C'est la question que tout le monde se pose sur place, et la réponse est plus élégante que les pilotis visibles ne le laissent croire. L'ossature repose sur des poutres transversales en chêne encastrées dans des trous taillés dans la roche, prolongées par des appuis dissimulés dans la falaise elle-même. L'ensemble est assemblé en tenons et mortaises, sans un seul clou.

Les fins piliers que l'on voit sous les bâtiments jouent un rôle secondaire : la charge passe d'abord par les poutres encastrées.

Les trois traditions sous un même toit

C'est la seconde singularité du lieu, et probablement la plus rare. Les salles accueillent côte à côte le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme, ce qui en fait le seul temple connu de Chine à réunir les trois. On y voit une statue où le Bouddha, Laozi et Confucius siègent ensemble.

Cette cohabitation n'a rien d'anecdotique : elle date d'une époque où les trois courants se disputaient l'influence à la cour, et où les représenter ensemble constituait une position, pas un compromis mou. Le sujet est développé dans le guide des temples chinois.

Le piège du billet de montée

C'est le point à comprendre avant de venir. Sinon, la déception est garantie. Deux billets distincts coexistent : l'un donne accès au site et permet de voir le monastère depuis le bas et de le photographier, l'autre autorise la montée sur les passerelles.

Depuis le 1er avril 2026, le contingent quotidien de billets de montée est plafonné à 2 475, avec une réduction programmée les années suivantes. Ils partent vite. Surtout, les voyageurs étrangers ne peuvent pas les réserver à l'avance : il faut tenter l'achat sur place, passeport en main, s'il en reste.

Autrement dit, il est prudent de considérer la montée comme un bonus possible, et non comme le motif du déplacement. Voir le monastère depuis le bas reste impressionnant, et c'est ce que la majorité des visiteurs étrangers obtiendra.

Ouverture et accès

Le monastère a rouvert le 1er mai 2026 après des travaux de maintenance. Il se trouve à environ une heure et demie de route de Datong, dans la direction opposée à Yungang, ce qui explique la difficulté de tout caler sur une seule journée. Comptez une à deux heures sur place, transport non compris.

À la journée ou sur deux jours

Le format à la journée

Il est faisable. Au prix d'un renoncement. Comptez 1 h 45 de train à l'aller et autant au retour, plus quarante-cinq minutes de route vers Yungang ou une heure et demie vers le monastère. La journée n'autorise raisonnablement qu'un seul des deux grands sites. Dans ce cas, Yungang s'impose : il est plus proche, plus riche, et son accès ne dépend d'aucun quota.

Pourquoi deux jours valent mieux

Une nuit sur place change tout. Yungang le premier après-midi, le monastère suspendu le lendemain matin, et le train dans la foulée. C'est aussi la formule qui s'insère le mieux entre Pékin et Xi'an, sans allongement du parcours.

Le reste de la ville

Les remparts

La muraille qui encercle la vieille ville a été largement reconstruite dans son allure Ming. Elle se parcourt à pied sur plusieurs kilomètres et offre des points de vue sur les toits et les temples. La reconstruction est massive et récente, ce qu'il faut savoir avant d'y chercher une authenticité qu'elle n'a pas.

Le monastère de Huayan

C'est le plus vaste et le mieux conservé des monastères de la dynastie Liao, qui régna de 907 à 1125. Le temple bas abrite une bibliothèque de dix-huit mille textes bouddhiques, le temple haut cinq grandes statues dorées. Une partie de l'architecture de bois compte parmi les plus anciennes conservées en Chine.

Le mur aux Neuf Dragons

En céramique émaillée, d'époque Ming, il mesure huit mètres de haut, quarante-cinq mètres de long et deux mètres d'épaisseur. C'est le plus ancien et le plus grand de son genre en Chine, plus imposant que ses homologues de la Cité interdite et de Beihai à Pékin.

Se déplacer, dormir et manger

Sur place

Les deux grands sites sont hors de la ville et dans des directions opposées, ce qui rend un moyen de transport indispensable. Taxis et applications de réservation couvrent les trajets sans difficulté, et une journée avec chauffeur reste courante pour enchaîner le monastère suspendu et le retour.

Où loger

Le district de Chengqu, qui correspond au centre et à la vieille ville reconstruite, est le choix évident pour un premier séjour. On y est à distance de marche des remparts, du monastère de Huayan et du mur aux Neuf Dragons, et à un quart d'heure de route de Yungang. Les adresses vont de l'hôtel fonctionnel bon marché au boutique-hôtel, avec les réserves habituelles sur les établissements ouverts aux étrangers, détaillées dans le guide pour se loger en Chine.

La cuisine du Shanxi

C'est une des grandes cuisines de nouilles du pays, et elle mérite le détour autant que les grottes. La spécialité locale est le dao xiao mian, dont la pâte est taillée au couteau directement au-dessus du wok, en copeaux qui tombent dans l'eau bouillante. Le geste se regarde autant qu'il se mange.

Le vinaigre occupe ici la place que le piment tient au Sichuan : il accompagne presque tout, et les tables en portent systématiquement. On trouve aussi le liangfen, nouilles de fécule de pomme de terre servies froides en sauce, et des pâtes de sarrasin en forme d'oreilles de chat.

Quand venir

Le printemps et l'automne

Ce sont les deux fenêtres à privilégier, comme partout dans le nord de la Chine. Les sites principaux se visitent en extérieur, sur des parcours longs, ce qui rend la météo plus déterminante qu'ailleurs.

L'hiver, et le tarif réduit

Datong se situe à plus de mille mètres d'altitude sur le plateau du Shanxi. Les hivers y sont rigoureux et venteux. Le tarif réduit de Yungang en décembre, janvier et février existe, mais compense mal l'inconfort d'une demi-journée dehors par grand froid.

L'été

Supportable, et nettement moins écrasant que dans les plaines de l'est. L'altitude tempère les soirées. C'est aussi la haute saison chinoise, avec la fréquentation qui va avec.

Les pièges à éviter

Croire que la montée au monastère est acquise

C'est la principale source de déception, et elle est évitable : le quota est limité, il ne se réserve pas à l'avance depuis l'étranger, et le site vaut le déplacement même vu d'en bas. Autant le savoir avant.

Vouloir tout faire en une journée

Yungang et le monastère se trouvent dans des directions opposées, à quarante-cinq minutes et une heure et demie du centre. Les enchaîner en une journée depuis Pékin suppose de partir avant l'aube et de rentrer tard, pour une visite écourtée des deux.

Se fier aux durées de trajet des vieux guides

Beaucoup annoncent encore six heures depuis Pékin, chiffre antérieur à l'ouverture de la ligne à grande vitesse en décembre 2019. La réalité est de 1 h 45 pour les meilleurs services.

L'insérer dans un premier voyage trop court

Sur dix jours, Datong ampute le temps consacré aux trois villes majeures sans apporter l'équivalent. Le détour prend tout son sens à partir de deux semaines, ou pour un voyageur déjà venu.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Comment aller à Datong depuis Pékin ?
En train à grande vitesse, avec plus de quarante-cinq départs quotidiens depuis Pékin-Nord ou Qinghe vers la gare de Datong-Sud. Le trajet dure de 1 h 45 pour les plus rapides à environ 3 h selon le service, pour 143 à 170 yuans en seconde classe. Une dizaine de trains classiques desservent aussi la ville en cinq heures et demie à sept heures, sans intérêt réel depuis l'ouverture de la ligne à grande vitesse en décembre 2019.
Peut-on visiter Datong sur une journée depuis Pékin ?
C'est faisable mais serré, et cela suppose de renoncer à quelque chose. Avec 1 h 45 de train dans chaque sens, les grottes de Yungang à quarante-cinq minutes de route de la ville et le monastère suspendu à une heure et demie dans la direction opposée, une journée ne permet raisonnablement qu'un seul des deux grands sites. Deux jours avec une nuit sur place couvrent l'ensemble sans courir.
Que sont les grottes de Yungang ?
Un des trois grands ensembles rupestres bouddhiques de Chine, classé au patrimoine mondial, creusé dans une falaise de grès à partir du Ve siècle sous les Wei du Nord. On y compte environ 252 cavités abritant près de 51 000 statues, de quelques centimètres à dix-sept mètres de hauteur. C'est la trace la plus spectaculaire de l'arrivée du bouddhisme en Chine, et le motif principal d'un détour par Datong.
Combien coûte l'entrée aux grottes de Yungang ?
120 yuans de mars à novembre, et 80 yuans de décembre à février. Le site ouvre de 8 h 30 à 17 h 30 du 1er avril au 15 octobre, et de 8 h 30 à 16 h 50 du 16 octobre au 31 mars. Il se trouve à environ quarante-cinq minutes de route du centre de Datong, et deux à trois heures de visite sont un minimum raisonnable.
Peut-on monter dans le monastère suspendu de Xuankong ?
C'est là que se joue la principale déception possible. Deux billets distincts coexistent : l'entrée dans le site, qui permet de voir le monastère depuis le bas et de le photographier, et un billet de montée sur les passerelles, dont le quota journalier est plafonné à 2 475 depuis le 1er avril 2026 et voué à diminuer. Les voyageurs étrangers ne peuvent pas réserver ce billet de montée à l'avance : il faut tenter de l'acheter sur place, passeport en main, s'il en reste.
Le monastère suspendu est-il ouvert en 2026 ?
Oui. Il a rouvert le 1er mai 2026 après une période de travaux de maintenance. Les conditions d'accès aux passerelles ont en revanche été durcies à cette occasion, avec un contingent quotidien réduit. Compter une heure et demie de route depuis Datong et une à deux heures sur place, temps de transport non compris.
Que voir à Datong même ?
Trois ensembles retiennent l'attention dans la vieille ville. Les remparts, largement reconstruits dans leur allure Ming, se parcourent à pied sur plusieurs kilomètres. Le monastère de Huayan est le plus vaste et le mieux conservé de la dynastie Liao, avec une bibliothèque de dix-huit mille textes bouddhiques dans le temple bas et cinq grandes statues dorées dans le temple haut. Le mur aux Neuf Dragons, en céramique émaillée d'époque Ming, mesure huit mètres de haut sur quarante-cinq de long et reste le plus ancien et le plus grand de Chine.
Datong vaut-il le détour dans un circuit en Chine ?
Oui pour qui s'intéresse à l'art bouddhique ou à l'architecture ancienne, et pour qui dispose d'au moins deux semaines. Yungang n'a d'équivalent qu'à Longmen et Mogao, et le monastère suspendu ne ressemble à rien d'autre. Sur un premier voyage de dix jours centré sur Pékin, Xi'an et Shanghai, en revanche, Datong sera de trop : mieux vaut approfondir les trois villes principales.
Quand faut-il aller à Datong ?
Le printemps et l'automne, comme pour tout le nord de la Chine. Datong se situe à plus de mille mètres d'altitude sur un plateau du Shanxi, ce qui rend les hivers rigoureux et venteux, et les grottes comme le monastère se visitent en extérieur. Le tarif réduit de Yungang en décembre, janvier et février compense mal l'inconfort. L'été reste supportable, plus chaud mais moins écrasant que dans les plaines.
Peut-on enchaîner Datong et Xi'an ?
Oui, et c'est une des raisons d'y passer. Datong s'insère naturellement sur l'axe entre Pékin et Xi'an, ce qui permet de casser un long trajet en deux et d'ajouter deux sites majeurs sans détour géographique. Les voyageurs qui font ce choix y consacrent en général une nuit, avec Yungang le jour de l'arrivée et le monastère suspendu le lendemain matin avant de reprendre le train.

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