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Carnet de Chine

Luoyang : les grottes de Longmen et le temple de Shaolin

Luoyang à deux heures de Xi'an : les 110 000 statues de Longmen, le temple de Shaolin à une heure et demie, et ce que le billet couvre vraiment.

Par MaxPublié le Mis à jour le 9 min de lecture
La grotte de Fengxian aux grottes de Longmen : le bouddha Vairocana assis au centre de la falaise, entouré de disciples, de bodhisattvas et de gardiens sculptés, avec un escalier de visiteurs sous la neige
La grotte de Fengxian et son Vairocana de dix-sept mètres, à Longmen. L'escalier donne l'échelle.·Photo : LISK OBE / Unsplash

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Luoyang a été capitale de la Chine sous treize dynasties. Il n'en reste presque rien dans la ville moderne, ce qui explique qu'on la traverse sans s'arrêter. C'est une erreur, et elle tient à un malentendu : ce qui vaut le détour n'est pas dans Luoyang mais autour, à quelques kilomètres du centre, où deux sites d'importance mondiale se trouvent à une heure et demie l'un de l'autre.

Le premier est un mur de falaise creusé de cent dix mille statues. Le second est le monastère où est né le kung-fu.

Carte · pincer ou scroller pour zoomer

Carte de Luoyang : la gare de Luoyang et le centre ancien au nord-ouest, le temple du Cheval blanc au nord-est, et au sud la gare de Luoyang-Longmen suivie des grottes de Longmen

Dix kilomètres séparent les deux gares, et c'est l'erreur de réservation la plus coûteuse du séjour. Luoyang-Longmen, celle de la grande vitesse, est au sud, à quatre kilomètres des grottes ; la gare de Luoyang est au nord, près du centre ancien. Shaolin sort du cadre, à une heure et demie de route vers l'est.

  1. La gare de Luoyang
  2. Le centre ancien et la porte de Lijingmen
  3. Le temple du Cheval blanc
  4. La gare de Luoyang-Longmen, celle de la grande vitesse
  5. Les grottes de Longmen
© OpenStreetMap contributors · Tiles : OpenFreeMap

Pourquoi s'y arrêter

Le troisième des grands sites rupestres

Longmen, inscrit au patrimoine mondial depuis 2000, forme avec Yungang, près de Datong, et Mogao à Dunhuang le trio des grands sanctuaires rupestres chinois. C'est le plus tardif des trois, le plus proche de la perfection technique, et de loin le plus facile d'accès depuis les villes du circuit classique.

Shaolin, à une heure et demie

Le temple de Shaolin n'est pas à Luoyang mais à Dengfeng, dans la même province du Henan. La proximité fait la valeur de l'étape : deux sites que l'on associe rarement se visitent depuis la même base, en deux jours.

Sur l'axe Xi'an-Pékin

Rien n'oblige à un détour. Luoyang se trouve sur la ligne à grande vitesse qui relie Xi'an à l'est du pays, ce qui permet d'y faire halte sans allonger le parcours d'un seul kilomètre.

Y aller

Depuis Xi'an

Moins de deux heures de train à grande vitesse, plusieurs départs par jour. C'est le trajet le plus commode, et celui qui rend l'étape évidente pour qui remonte de Xi'an vers l'est.

Depuis Pékin

Comptez quatre heures à quatre heures et demie, la ligne passant par Zhengzhou. Le détail des classes et de la réservation figure dans le guide du train à grande vitesse.

La gare de Luoyang-Longmen

Le nom n'est pas un hasard : la gare à grande vitesse porte celui du site, dont elle est proche. C'est elle qu'il faut viser, et non la gare classique du centre-ville.

Les grottes de Longmen

Ce qu'on y voit

Les chiffres donnent le vertige. Plus de deux mille trois cents cavités et niches creusées dans les falaises qui bordent la rivière Yi, près de cent dix mille statues bouddhiques, plus de soixante stupas et deux mille huit cents inscriptions gravées dans la pierre.

Le site s'étend sur les deux rives. La colline Ouest concentre les grandes niches et les pièces maîtresses, la colline Est se parcourt plus rapidement, et l'ensemble se termine par le temple de Xiangshan et le jardin de Baiyuan.

Pourquoi ici, et pourquoi à partir de 493

Le site a une date de naissance précise, et elle explique tout. En 493, l'empereur Xiaowen des Wei du Nord transfère sa capitale de Pingcheng, l'actuelle Datong, à Luoyang, et fait aussitôt entreprendre un sanctuaire rupestre sur le modèle de celui qu'il laisse derrière lui.

Les deux sites se répondent donc directement : le chantier de Yungang s'achève quand celui de Longmen commence, avec les mêmes commanditaires et la même intention, mille kilomètres plus au sud. La première phase intensive court de 493 à 534, puis le travail se poursuivra par vagues pendant quatre siècles.

La grotte de Fengxian et le grand Vairocana

C'est la pièce maîtresse, et elle date d'une tout autre époque que les premières niches. Creusée de 672 à 675 sous le règne de l'impératrice Wu Zetian, la grotte de Fengxian abrite un bouddha Vairocana de dix-sept mètres quatorze, assis, entouré de gardiens et de bodhisattvas taillés à la même échelle.

Le visage est ce qui frappe. La tradition veut qu'il ait été sculpté d'après les traits de l'impératrice elle-même, ce qui reste invérifiable, mais l'expression n'a rien de la sévérité des bouddhas antérieurs : elle est douce, presque souriante, et c'est l'image que la plupart des visiteurs gardent du site.

Ce que le billet couvre

Cent yuans pour le billet principal, qui donne accès aux quatre parties du site : colline Ouest, colline Est, temple de Xiangshan et Baiyuan. Deux suppléments facultatifs s'y ajoutent, dix yuans pour la navette interne et vingt-cinq pour la promenade en bateau sur la rivière.

Le bateau n'est pas un gadget. Il offre le seul point de vue d'ensemble sur la falaise, celui qui donne la mesure du chantier.

La visite de nuit

Depuis mars 2024, le site ouvre en soirée de dix-huit à vingt et une heures, sur la colline Ouest et au temple de Xiangshan. Billet distinct, quatre-vingt-dix yuans. L'éclairage travaille les grandes niches et la foule se clairsème, mais une partie du site reste fermée : c'est un complément, pas un remplacement.

Le temps à prévoir

Trois heures au minimum, une demi-journée pour ne pas courir. Tout se fait en extérieur, sur des passerelles et des escaliers qui longent la falaise, ce qui rend la météo déterminante et les chaussures de marche moins facultatives qu'il n'y paraît.

Le temple de Shaolin

Le monastère et la forêt de pagodes

Fondé au Ve siècle, Shaolin est le berceau du bouddhisme chan et de la tradition martiale qui en est née. Le monastère lui-même se visite, mais la pièce la plus saisissante est ailleurs : la forêt de pagodes, un champ de plus de deux cents stupas funéraires en brique, dressés sur plus de mille ans pour abriter les cendres des maîtres successifs.

La forêt de pagodes de Shaolin : des dizaines de pagodes funéraires en brique de tailles inégales dressées dans une prairie, cyprès en arrière-plan et collines boisées
La forêt de pagodes de Shaolin. Chaque tour est la sépulture d'un moine, et leur hauteur dit le rang de celui qui repose dessous.·Photo : Yumeto · CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons

Le mont Song, autour du monastère

Shaolin ne se dresse pas au milieu de nulle part : le monastère s'adosse au mont Song, l'une des cinq montagnes sacrées du taoïsme, et la zone touristique englobe une partie du massif. Les sentiers qui montent au-dessus du temple offrent le recul qui manque en bas, et un calme que la cour principale ne connaît jamais.

Les écoles d'arts martiaux

C'est ce que l'on ne voit pas sur les photos. Dengfeng et ses environs abritent des dizaines d'écoles où des milliers d'élèves, chinois pour l'essentiel, s'entraînent à demeure, et l'on croise leurs rangs en survêtement bien avant d'arriver au temple. La ville vit de cette économie autant que du tourisme, ce qui donne au lieu une réalité que la seule visite du monastère ne laisse pas soupçonner.

La démonstration d'arts martiaux

Elle se tient dans la salle prévue à cet effet, cinq fois par jour à heures fixes, pendant une trentaine de minutes. Enchaînements à mains nues, maniement d'armes, démonstrations de qigong dur. C'est spectaculaire et assumé comme tel.

Son intérêt tient aussi à un détail pratique : l'accès est compris dans le billet, ce qui évite d'avoir à arbitrer.

Tarifs et accès sur place

Environ quatre-vingts yuans pour la zone touristique, monastère, forêt de pagodes et ermitage du Premier Patriarche compris. La voiturette électrique, qui épargne la marche depuis l'entrée, coûte vingt-cinq yuans l'aller-retour.

Y aller depuis Luoyang

Trois options, du plus économique au plus confortable. Le bus direct vers Dengfeng met une heure et demie à deux heures depuis la gare routière. Le taxi ou une course en application prend soixante-dix à quatre-vingt-dix minutes selon la circulation, pour trois cents à cinq cents yuans la voiture, un tarif qui se partage bien à plusieurs. Les transferts privés existent, sensiblement plus chers pour un gain marginal.

Le temple du Cheval blanc

La première fondation bouddhique de Chine

Il se présente comme le premier monastère bouddhique fondé en Chine, au Ier siècle de notre ère, et son nom vient de la légende des chevaux blancs qui auraient rapporté les premiers soutras depuis l'Inde.

Ce qu'il faut en attendre

L'intérêt est davantage historique qu'esthétique. Les bâtiments actuels sont bien plus récents que la fondation, et l'ensemble ne rivalise pas avec Longmen. Mais pour qui suit le fil du bouddhisme chinois d'un site à l'autre, c'est le point de départ, et il se glisse en une demi-journée. Le fonctionnement des lieux de culte est détaillé dans le guide des temples chinois.

Combien de jours

Deux jours, le bon format

Longmen le premier jour, Shaolin le second. Le temple du Cheval blanc se glisse en fin de première journée si le rythme le permet. C'est la formule qui s'insère le mieux entre Xi'an et l'est du pays, sans allonger le parcours.

Une seule journée oblige à choisir

Les deux grands sites se trouvent dans des directions opposées. Vouloir les enchaîner en une journée revient à écourter les deux. Dans ce cas, Longmen l'emporte sans hésitation : il est plus proche, plus riche, et son accès ne dépend d'aucun transfert routier.

Quand venir

Le festival des pivoines

Une période sort du lot. De mi-avril à début mai, Luoyang, qui a fait de la pivoine son emblème depuis le VIIe siècle, se couvre de floraisons et organise son festival annuel. C'est la plus belle saison, et la plus chère : l'hébergement grimpe et se réserve longtemps à l'avance.

Le reste de l'année

Le printemps hors festival et l'automne restent les fenêtres les plus sûres, avec un ciel dégagé et des températures praticables. L'été est chaud et l'hiver rigoureux, ce qui compte d'autant plus que les deux sites majeurs se visitent en extérieur.

Le banquet de l'eau

Ce que c'est

C'est la spécialité de la ville, et son nom mérite explication. Le banquet de l'eau, ou shuixi, se compose de vingt-quatre plats, huit froids puis seize chauds, tous mijotés dans un bouillon, un jus de viande ou une soupe. D'où la première moitié du nom : il y a du liquide partout.

La seconde moitié tient au service. Chaque plat est retiré dès qu'il est terminé, aussitôt remplacé par le suivant, sans temps mort : le repas coule comme l'eau, et c'est de ce rythme continu qu'il tire son nom.

Son histoire

La tradition remonte à la dynastie Tang, il y a quelque mille trois cents ans, et la légende la rattache à Wu Zetian, la seule impératrice régnante de l'histoire chinoise, celle-là même qui fit creuser la grotte de Fengxian. Les vingt-quatre plats imiteraient les étapes de son ascension.

Comment y goûter

Le banquet complet est un repas de cérémonie, prévu pour une tablée et une occasion. Les restaurants de Luoyang en proposent des versions réduites, à six ou huit plats, qui donnent une idée juste de l'exercice sans y consacrer la soirée entière ni le budget d'un groupe.

Les habitants le rangent parmi les trois merveilles de Luoyang, avec la pivoine et les grottes de Longmen. La cuisine régionale chinoise, ses écoles et ses logiques, est traitée à part dans le guide des cuisines de Chine.

Où dormir

En centre-ville

Le centre de Luoyang concentre l'offre et permet de rejoindre facilement la gare comme les départs vers Dengfeng.

Près de la gare de Luoyang-Longmen

Loger près de la gare de Luoyang-Longmen a du sens pour qui arrive tard ou repart tôt, mais éloigne du reste. Les réserves habituelles sur les établissements ouverts aux étrangers valent ici comme ailleurs : voir le guide pour se loger en Chine.

Les pièges à éviter

Confondre Shaolin et Luoyang

Le temple n'est pas dans la ville. Il est à Dengfeng, à une heure et demie de route, et cette distance change complètement l'organisation d'une journée.

Viser la mauvaise gare

Deux gares desservent la ville. Les trains à grande vitesse arrivent à Luoyang-Longmen, au sud, pas à la gare classique du centre. Une erreur qui coûte une correspondance et trois quarts d'heure.

Croire que la visite de nuit remplace celle du jour

Elle ne couvre qu'une partie du site. Belle, moins fréquentée, mais incomplète : elle vient après la visite diurne, jamais à sa place.

Sous-estimer la marche

Longmen se parcourt sur des passerelles et des escaliers accrochés à la falaise, en plein air, sur près d'un kilomètre de rive. Ce n'est pas un musée que l'on traverse en flânant.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Que voir à Luoyang ?
Trois sites, dans cet ordre d'importance. Les grottes de Longmen, inscrites au patrimoine mondial, qui alignent plus de deux mille trois cents cavités et près de cent dix mille statues bouddhiques le long de la rivière Yi. Le temple de Shaolin, à une heure et demie de route, berceau du kung-fu et de sa forêt de pagodes. Et le temple du Cheval blanc, considéré comme le premier monastère bouddhique fondé en Chine. Deux jours couvrent l'ensemble sans courir.
Comment aller à Luoyang depuis Xi'an ?
En train à grande vitesse, en moins de deux heures, avec plusieurs départs quotidiens vers la gare de Luoyang-Longmen. C'est le trajet le plus commode, et il explique pourquoi Luoyang s'insère si naturellement entre Xi'an et l'est du pays. Depuis Pékin, comptez plutôt quatre heures à quatre heures et demie, la ligne passant par Zhengzhou.
Combien coûte l'entrée aux grottes de Longmen ?
Cent yuans pour le billet principal, qui couvre les grottes de la colline Ouest, celles de la colline Est, le temple de Xiangshan et le jardin de Baiyuan. S'y ajoutent dix yuans pour la navette interne et vingt-cinq yuans pour la promenade en bateau, tous deux facultatifs. La visite de nuit fait l'objet d'un billet distinct, à quatre-vingt-dix yuans.
Peut-on visiter les grottes de Longmen la nuit ?
Oui, depuis mars 2024. L'ouverture nocturne concerne les grottes de la colline Ouest et le temple de Xiangshan, de dix-huit heures à vingt et une heures, avec un billet séparé de quatre-vingt-dix yuans. L'éclairage met en valeur les grandes niches, et la fréquentation est plus faible qu'en journée. En contrepartie, une partie du site reste fermée.
Combien coûte l'entrée au temple de Shaolin ?
Environ quatre-vingts yuans pour la zone touristique, ce qui comprend le monastère lui-même, la forêt de pagodes, l'ermitage du Premier Patriarche et l'accès à la démonstration quotidienne d'arts martiaux. La voiturette électrique, qui épargne la marche depuis l'entrée, coûte vingt-cinq yuans l'aller-retour et reste facultative.
Comment aller au temple de Shaolin depuis Luoyang ?
Trois options. Le bus direct vers Dengfeng met une heure et demie à deux heures depuis la gare routière. Le taxi ou une course en application prend soixante-dix à quatre-vingt-dix minutes selon la circulation, pour trois cents à cinq cents yuans la voiture, ce qui se partage bien à plusieurs. Les transferts privés existent aussi, nettement plus chers.
Y a-t-il un spectacle de kung-fu à Shaolin ?
Une démonstration d'arts martiaux se tient dans la salle prévue à cet effet, cinq fois par jour à heures fixes, pour une durée d'environ trente minutes. Le programme mêle enchaînements à mains nues, maniement d'armes et démonstrations de qigong dur. L'accès est compris dans le billet d'entrée, ce qui en fait un complément naturel plutôt qu'une dépense supplémentaire à arbitrer.
Combien de jours faut-il à Luoyang ?
Deux jours pleins sont le bon format : Longmen le premier jour, Shaolin le second, avec le temple du Cheval blanc glissé sur une demi-journée si le rythme le permet. Une seule journée oblige à choisir entre Longmen et Shaolin, les deux se trouvant dans des directions opposées. Dans ce cas, Longmen l'emporte sans hésitation.
Quand faut-il aller à Luoyang ?
Le printemps et l'automne, comme dans tout le centre-nord chinois. Une période sort du lot : le festival des pivoines, de mi-avril à début mai, quand la ville qui en a fait son emblème depuis le VIIe siècle se couvre de floraisons. C'est la plus belle saison et la plus fréquentée, avec des prix d'hébergement en conséquence.
Luoyang vaut-il le détour dans un circuit en Chine ?
Oui à partir de deux semaines, et particulièrement pour qui s'intéresse à l'art bouddhique ou aux arts martiaux. Longmen complète Yungang et Mogao dans le trio des grands sites rupestres chinois, et Shaolin n'a pas d'équivalent. Sur un premier voyage de dix jours, en revanche, la ville est de trop : mieux vaut approfondir Pékin, Xi'an et Shanghai.

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