Mahjong chinois : règles et où y jouer
Le jeu à quatre qu'on croise dans tous les parcs de Chine : règles de base, variante sichuanaise à 108 tuiles, et comment s'approcher d'une table sans déranger.
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Dans un parc de Chongqing, à l'ombre des arbres, une petite place est occupée par quatre joueurs et une trentaine de spectateurs. Des anciens, debout ou assis sur des tabourets pliants, penchés au-dessus des épaules. Ils suivent la partie depuis assez longtemps pour savoir qui va gagner.
C'est la scène la plus commune de Chine et l'une des plus opaques pour un visiteur. On la croise dans tous les parcs, on entend les tuiles avant de voir les tables, et on repart sans savoir ce qui vient de se passer.
Le mot ne désigne pas le même jeu qu'en France
Le solitaire de tuiles n'est pas le mahjong
En France, « mahjong » évoque d'abord un jeu en ligne : un empilement de tuiles où l'on retire les paires identiques jusqu'à vider le tableau. On y joue seul, à la souris, souvent pour passer dix minutes.
Ce jeu-là est une invention informatique des années 1980, née sur les premiers ordinateurs personnels et diffusée ensuite par des décennies de versions gratuites, au point d'avoir durablement occupé le mot dans l'esprit francophone. Il emprunte les tuiles du mahjong et rien d'autre. Ni le nombre de joueurs, ni le but, ni les règles.
Un jeu à quatre, plus proche du rami
Le vrai mahjong se joue à quatre, assis autour d'une table carrée, chacun avec une main cachée derrière un muret de tuiles. On pioche, on défausse, on guette ce que les autres jettent. La parenté est du côté du rami et du poker, pas du casse-tête.
Ce que ça change à ce qu'on regarde
Comprendre ça suffit déjà à voir la scène autrement. Les quatre joueurs ne résolvent pas un problème chacun de leur côté : ils s'observent, calculent ce que les autres attendent, et retiennent parfois une tuile plutôt que d'offrir la victoire au voisin.
Les tuiles, et ce qu'il faut réunir
Les trois familles
Le paquet standard compte 144 tuiles. Le socle en est trois familles numérotées de 1 à 9, présentes en quatre exemplaires chacune : les caractères, les cercles et les bambous.
Les trois familles
Numérotées de 1 à 9, en quatre exemplaires chacune. Elles forment le socle du jeu et se retrouvent dans toutes les régions.
Les honneurs — absents du jeu sichuanais
Quatre vents et trois dragons. Les retirer fait tomber le paquet de 144 tuiles à 108, et c’est ce qui rend les parties de Chengdu et Chongqing si rapides.
Les honneurs, vents et dragons
S'y ajoutent quatre vents — est, sud, ouest, nord — et trois dragons, rouge, vert et blanc. Puis les fleurs et les saisons, tuiles bonus qui rapportent des points sans entrer dans les combinaisons. Ce sont ces honneurs que certaines régions suppriment, et la suite de l'article y revient.
La main qui gagne
L'objectif tient en une phrase : réunir quatorze tuiles formant quatre combinaisons de trois et une paire. Une combinaison est soit trois tuiles identiques, soit trois qui se suivent dans une même famille. Rien de plus compliqué que ça dans le principe.
Le tour de jeu
À son tour, on pioche une tuile et on en défausse une. La tuile jetée par un adversaire peut parfois être récupérée par un autre joueur si elle complète une combinaison, et ce droit de préemption, qui prime sur l'ordre normal du tour, saute par-dessus un ou deux participants en un geste sec — d'où ces interruptions brutales qu'on observe sans les comprendre, et qui donnent à une partie son rythme heurté.
Le mahjong sichuanais, qui n'est pas le même
Cent huit tuiles au lieu de cent quarante-quatre
Dans le sud-ouest, à Chengdu comme à Chongqing, on joue une variante nettement plus rapide. Elle retire tous les honneurs : plus de vents, plus de dragons, plus de fleurs ni de saisons. Restent les trois familles seules, soit 108 tuiles.
Annoncer la couleur qu'on abandonne
Deuxième particularité, chaque joueur doit désigner en début de partie une des trois familles qu'il s'interdit de conserver. Il devra s'en débarrasser entièrement avant de pouvoir gagner. La contrainte oriente toute la partie dès les premières secondes.
La partie continue après le premier gagnant
La troisième mécanique porte un nom qui se retient, 血战到底, « la bataille jusqu'au bout ». Le premier joueur à compléter sa main ne met pas fin à la partie : les autres continuent jusqu'à ce que trois d'entre eux aient gagné, ou que le mur soit épuisé. C'est ce qui rend les tables sichuanaises si bruyantes et si longues.
Pourquoi une table locale reste illisible
Chaque région a ses règles
Il n'existe pas un mahjong chinois mais une famille de jeux. Canton, Hong Kong, Pékin, le Sichuan : chaque région a ses combinaisons valides, son décompte de points et ses interdits propres, si bien qu'un joueur de Chengdu installé à une table pékinoise se retrouve à devoir réapprendre une bonne part de ce qu'il croyait savoir. La base commune est réelle, mais elle s'arrête plus tôt qu'on ne l'imagine.
Le rythme, qui trompe le plus
Même en connaissant les règles, une partie réelle reste difficile à suivre. Les gestes sont automatiques, les annonces brèves, et personne ne marque de pause pédagogique. Ce n'est pas de l'hostilité, simplement la vitesse de gens qui jouent depuis quarante ans.
Où l'on en croise en voyageant
Les maisons de thé du Sichuan
Le Sichuan en a fait une institution. Au Parc du Peuple de Chengdu, la maison de thé aligne ses fauteuils en bambou sous les arbres, et l'on y passe l'après-midi entier pour le prix d'un thé. Les tables de jeu occupent une bonne part de l'espace, et la maison de thé chinoise remplit là exactement la fonction sociale du café en France.
Les parcs, tôt le matin
À Pékin, le parc du temple du Ciel s'anime entre sept et neuf heures. Les habitants y dansent en groupe, calligraphient des poèmes à l'eau sur le pavé et installent leurs tables pliantes. J'y suis passé à cette heure-là, et c'est une scène que la plupart des visiteurs ratent en arrivant vers onze heures, quand le parc est redevenu ordinaire.
Les places à l'ombre et les trottoirs
Ailleurs, il suffit de marcher. Les tables apparaissent sur les places ombragées, devant les commerces, parfois à même le trottoir, dans à peu près toutes les villes dès que la température le permet. On en voit dans les parcs de Chongqing comme dans les ruelles résidentielles de n'importe quelle grande ville.
Le public, qui fait partie du jeu
On joue à quatre, on regarde à douze
C'est ce qui frappe le plus, et qu'aucun guide francophone ne mentionne. Le groupe est bien plus large que la table : autour des quatre joueurs se masse un public d'habitués, debout ou assis sur des tabourets pliants, qui commente les coups, approuve, désapprouve et suit la partie depuis assez longtemps pour savoir où elle va. Le mahjong est un spectacle autant qu'une partie.
Le bruit, qui s'entend avant qu'on voie
Les tuiles sont lourdes et se posent avec force. À chaque fin de partie, on les mélange à pleines mains sur le plateau, ce qui produit un vacarme caractéristique reconnaissable à bonne distance. Dans les quartiers résidentiels, ce bruit fait partie du fond sonore de l'après-midi.
Les tables automatiques
Beaucoup de salles et de maisons de thé sont équipées de tables qui mélangent et distribuent les tuiles toutes seules. Le plateau s'ouvre, avale les tuiles, et un mur neuf remonte quelques secondes plus tard. Le dispositif est très répandu, et il explique le rythme soutenu d'enchaînement des parties.
S'approcher, et ce qui arrive ensuite
Regarder est bien reçu
La question que tout le monde se pose est de savoir si l'on dérange. La réponse est non. Puisque le public fait partie du décor, un spectateur de plus ne change rien, et s'arrêter devant une table ne provoque aucune gêne.
Ce qui se passe quand on montre de l'intérêt
Il arrive qu'on aille plus loin. À plusieurs reprises, des joueurs m'ont invité à regarder de plus près, et certains ont entrepris de m'expliquer les règles en chinois, sans que je comprenne un mot. L'intention était limpide, et ils semblaient contents qu'un étranger s'intéresse à leur jeu. Cette curiosité bienveillante est la règle plutôt que l'exception.
Jouer demande davantage
S'asseoir est une autre affaire. Le niveau moyen d'une table de maison de thé est très élevé, le rythme rapide, et les règles locales ne seront traduites par personne. Mieux vaut regarder longuement plusieurs parties que réclamer une place qu'on ne saura pas tenir.
L'argent, et ce que dit la loi
Le jeu d'argent est interdit, sans seuil chiffré
Beaucoup de parties se jouent pour de petites sommes, dans un cadre juridique volontairement imprécis. Le jeu d'argent est interdit en Chine, mais aucun texte national ne fixe le montant à partir duquel une mise cesse d'être un passe-temps entre voisins pour devenir une infraction, ce qui laisse l'appréciation aux autorités locales et produit des pratiques très inégales d'une province à l'autre. La presse officielle elle-même réclame des critères plus clairs.
Ce que risque un joueur
Certaines villes ont posé leurs propres bornes. Wuhan considère qu'une partie réunissant moins de dix personnes non apparentées, avec une mise moyenne sous 1 000 ¥, ne relève pas du jeu d'argent. Au-delà, les sanctions vont jusqu'à quinze jours de rétention ou 3 000 ¥ d'amende, et bien davantage pour qui organise.
La position raisonnable pour un visiteur
Elle est simple. Regarder, oui ; miser, non. Rien ne justifie de s'exposer à une zone grise juridique dans un pays dont on ne maîtrise ni la langue ni les usages locaux, pour une partie qu'on ne comprend qu'à moitié.
Les formules pour visiteurs
Ce qu'elles coûtent
Des séances encadrées existent, avec guide parlant anglais, table réservée et explication des règles. Elles se vendent autour de 90 à 105 dollars par personne à Chengdu et à Shanghai, ce qui les place au niveau d'une excursion à la journée.
Ce qu'une maison de thé coûte à côté
L'écart mérite d'être posé. Une place en maison de thé revient au prix du thé, quelques dizaines de yuans pour rester jusqu'au soir. On n'y apprend pas les règles, mais on voit le jeu réel plutôt qu'une démonstration, et l'on reste libre de partir au bout d'un quart d'heure.
Séances encadrées avec guide
Les disponibilités et les prix viennent de GetYourGuide, mis à jour en direct. Réserver depuis ce bloc ne change rien au prix payé.
Rapporter un jeu
Ce qu'on trouve sur place
Les jeux se vendent partout, des mallettes de marché aux coffrets soignés des grands magasins. Les tuiles sont en résine dans la quasi-totalité des cas, plus rarement en bambou et os pour les modèles anciens. Voir aussi ce qu'il vaut la peine de ramener de Chine au-delà du jeu lui-même.
L'encombrement, qui décide
Le point à anticiper n'est pas le prix mais la place. Une mallette complète de 144 tuiles mesure environ 39 × 28 × 6 cm, dense et lourde pour son volume. Sur une compagnie chinoise, où la franchise cabine s'arrête à 55 × 40 × 20 cm, cela occupe une part sérieuse du bagage. Un jeu de voyage à tuiles réduites règle le problème pour qui veut surtout apprendre.
Questions fréquentes
- Quelles sont les règles du mahjong chinois ?
- Quatre joueurs, un mur de tuiles, et une main de quatorze tuiles à réunir : quatre combinaisons de trois plus une paire. À son tour, on pioche une tuile et on en défausse une. Une combinaison est soit trois tuiles identiques, soit trois qui se suivent dans la même famille. Le premier à compléter sa main annonce la victoire.
- Quelle est la différence entre le mahjong chinois et le mahjong solitaire ?
- Ce sont deux jeux distincts qui partagent seulement leurs tuiles. Le solitaire, celui que la France connaît par les jeux en ligne, se joue seul en retirant des tuiles identiques d'un empilement. Le mahjong chinois se joue à quatre, chacun avec sa main cachée, et se rapproche beaucoup plus du rami ou du poker.
- Combien de tuiles compte un jeu de mahjong ?
- Cent quarante-quatre dans le jeu standard : trois familles numérotées de 1 à 9 en quatre exemplaires, plus les vents, les dragons, les fleurs et les saisons. Le mahjong sichuanais, celui de Chengdu et Chongqing, retire tous les honneurs et descend à 108 tuiles, ce qui accélère nettement les parties.
- Qu'est-ce que le mahjong sichuanais ?
- La variante la plus répandue du sud-ouest chinois, jouée quotidiennement dans les maisons de thé de Chengdu et de Chongqing. Elle se distingue par trois mécaniques : un paquet réduit à 108 tuiles sans honneurs, l'obligation d'annoncer une famille qu'on abandonne, et une partie qui continue après le premier gagnant jusqu'à ce que trois joueurs aient terminé.
- Peut-on regarder une partie de mahjong en Chine sans déranger ?
- Oui, et c'est même la norme : les parties se jouent avec un public, souvent plus nombreux que les joueurs. S'arrêter et observer ne surprend personne. L'intérêt d'un visiteur étranger est en général bien reçu, et il n'est pas rare que quelqu'un entreprenne d'expliquer les règles, sans langue commune et avec beaucoup de gestes.
- Un étranger peut-il jouer au mahjong en Chine ?
- Rien ne l'interdit, mais il faut être lucide sur l'écart de niveau. Les joueurs des maisons de thé pratiquent depuis des décennies, à un rythme très rapide, et selon des règles locales que personne ne prendra le temps de traduire. Regarder longuement reste la façon la plus réaliste d'entrer dans le jeu.
- Le mahjong est-il un jeu d'argent en Chine ?
- Souvent, pour de petites sommes, dans un cadre juridique volontairement flou. Le jeu d'argent est interdit en Chine, sans seuil chiffré au niveau national. Certaines villes ont fixé leur propre règle, Wuhan considérant par exemple qu'une partie entre moins de dix personnes non apparentées avec une mise moyenne inférieure à 1 000 ¥ ne constitue pas une infraction.
- Où voir jouer au mahjong en Chine ?
- À peu près partout, dans les parcs et les rues des villes. Les maisons de thé du Sichuan en ont fait une institution, notamment au Parc du Peuple de Chengdu. Les parcs de Pékin s'animent tôt le matin, entre sept et neuf heures. Ailleurs, les tables apparaissent sur les places ombragées et les trottoirs dès qu'il fait doux.
- Combien coûte une séance de mahjong pour touristes ?
- Les formules encadrées avec guide parlant anglais se vendent autour de 90 à 105 dollars par personne à Chengdu et à Shanghai. C'est sans rapport avec le prix d'une table de maison de thé, où la place revient au coût du thé, soit quelques dizaines de yuans pour l'après-midi entier.
- Peut-on rapporter un jeu de mahjong de Chine ?
- Oui, et les jeux se trouvent facilement sur les marchés et dans les grands magasins. Le point à anticiper est l'encombrement : une mallette complète mesure environ 39 × 28 × 6 cm pour 144 tuiles, ce qui occupe une part sérieuse d'un bagage, surtout avec les franchises cabine réduites des compagnies chinoises.
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