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Carnet de Chine

Hanfu : ce que c'est, où en louer un

Le costume Han qu'on croise partout dans les vieilles villes chinoises : différence avec le qipao, styles par dynastie, villes où en louer et prix réels.

Par MaxPublié le Mis à jour le 7 min de lecture

Sur les berges du lac de l'Ouest à Hangzhou, dans les ruelles de Xi'an ou autour des jardins de Suzhou, on croise des dizaines de jeunes femmes en robe longue à manches larges, coiffées et maquillées, suivies d'un photographe. Le premier réflexe est de croire à un tournage, le second de confondre ce costume avec le qipao, cette robe fourreau à col montant que l'Occident associe à la Chine depuis un siècle.

Les deux sont faux. Ce qu'on voit s'appelle le hanfu, il est antérieur de trois siècles, et il se loue à la journée pour le prix d'un repas.

Hanfu ou qipao : la confusion à lever d'abord

Deux vêtements, deux peuples, trois siècles d'écart

Le hanfu est le vêtement des Han, l'ethnie majoritaire, porté depuis l'Antiquité jusqu'au milieu du XVIIᵉ siècle. Le qipao, lui, dérive de la tenue des Mandchous, qui prennent le pouvoir en 1644 et fondent la dynastie Qing, et il ne prend sa forme actuelle que dans le Shanghai des années 1920 et 1930, sous l'influence de la coupe occidentale.

Confondre les deux revient donc à mélanger deux peuples et trois siècles d'histoire, ce que font pourtant la plupart des articles francophones sur le sujet.

Comment les distinguer d'un coup d'œil

La silhouette suffit. Le hanfu est ample : col croisé sur la poitrine, coupe droite sans pinces, manches larges, ceinture nouée. Sa beauté vient du mouvement du tissu, pas de la ligne du corps.

Le qipao fait exactement l'inverse. Col montant fermé, coupe près du corps, fente latérale. Il épouse là où le hanfu flotte.

Ce que vous verrez le plus

Dans les vieilles villes, c'est le hanfu qui domine largement, parce que c'est lui que le renouveau a porté. Le qipao reste courant en tenue de cérémonie et dans certains uniformes de restaurant, mais il ne fait pas l'objet du même engouement.

Ce qu'on appelle hanfu

Le ruqun, la silhouette de base

Le mot recouvre un système entier plutôt qu'une pièce. La combinaison la plus répandue s'appelle le ruqun (襦裙), littéralement le haut et la jupe : un vêtement court sur le buste, une jupe nouée en dessous. Presque tout ce qu'on croise en dérive.

Les trois époques qu'on distingue

Les boutiques de location classent leurs costumes par dynastie, et trois reviennent constamment.

ÉpoqueCe qui la caractérise
TangJupe nouée haut, au-dessus de la poitrine ; manches très larges ; couleurs vives
SongLe beizi, longue veste ouverte ; teintes sourdes ; sobriété assumée
MingL'aoqun, veste portée par-dessus la jupe ; superpositions ; tissus riches

Le style Tang est le plus photogénique et le plus demandé. Le Song, le plus discret. Le Ming, le plus habillé.

Le mamianqun, la jupe qu'on revoit partout

Une pièce mérite d'être nommée parce qu'on la croise en dehors de tout costume complet : le mamianqun (马面裙), la jupe dite à face de cheval, plissée sur les côtés et lisse sur deux panneaux plats. En brocart pour les tenues de cérémonie, en tissu léger pour l'usage courant, elle est devenue un vêtement de mode à part entière, portée avec un pull ou une veste moderne.

Pourquoi on en voit partout depuis peu

Un mouvement né en 2003

Le hanfu avait disparu de l'usage courant depuis l'arrivée des Qing. Sa réapparition a une date et un nom : en 2003, un Chinois du nom de Wang Letian sort dans la rue vêtu d'un hanfu fait main. Le geste passe alors pour une excentricité et fait le tour de l'internet chinois.

Deux milliards de dollars en vingt ans

Ce qui a suivi tient de l'industrie. Le marché du hanfu pèse aujourd'hui autour de deux milliards de dollars et croît de plus de 10 % par an. Une génération entière s'en est emparée, moins comme reconstitution historique que comme expression de mode, avec ses codes, ses créateurs et ses querelles d'exactitude.

Un groupe de jeunes Chinois en hanfu assis dans l'herbe d'un parc urbain, tours d'habitation à l'arrière-plan
Le hanfu tel qu'on le croise vraiment : un groupe d'étudiants dans un parc, smartphones à la main et baskets sous la robe. Rien d'une reconstitution.·Photo : Allervous / Unsplash

Ce que ça change pour un visiteur

Concrètement, la location est devenue une infrastructure. Là où il fallait autrefois connaître quelqu'un, on trouve désormais des boutiques par dizaines aux abords de chaque site historique, avec vitrines, catalogues et forfaits. C'est ce qui rend l'expérience accessible à qui passe trois jours dans une ville.

Où en louer

Xi'an, la capitale du genre

C'est la ville où le phénomène est le plus dense, et de loin : elle domine le pays en nombre de studios photo hanfu comme en volume de transactions. Le décor y est pour beaucoup, entre les remparts, le quartier Tang reconstitué et les pagodes. À Xi'an, la séance photo en costume fait pratiquement partie du programme touristique standard.

Hangzhou et le lac de l'Ouest

Sur les pontons et les berges du lac de l'Ouest, des dizaines de photographes indépendants travaillent avec des clientes en tenue. Les costumes se louent à la journée dans les boutiques du quartier de Hubin, les prix se négocient sans affichage, et les séances durent des heures. Le phénomène y a pris une ampleur telle qu'il fait partie du décor au même titre que les saules.

Les autres villes

Suzhou et ses jardins, Pékin autour des sites impériaux, Chengdu et Luoyang complètent la liste. Partout, la logique est la même : la boutique est à quelques minutes du décor, et le costume se rend le soir.

Combien ça coûte

La fourchette réelle

Comptez entre 60 et 350 ¥ la journée, soit une dizaine à une quarantaine d'euros. L'écart tient à la ville, à la qualité du costume et à ce que la formule inclut.

Ce qui fait monter la note

La location seule occupe le bas de la fourchette. La coiffure et le maquillage, réalisés sur place et qui prennent facilement une heure, ajoutent l'essentiel du reste. Les accessoires, les perruques et les couronnes se facturent souvent à part.

Le photographe, lui, se négocie séparément, et c'est le poste le moins prévisible. Les tarifs ne sont pas affichés, ils dépendent du nombre de clichés, de la durée et des retouches.

À quoi ressemble une séance

Compter une demi-journée

L'essayage, la coiffure et le déplacement jusqu'au décor occupent la première moitié. La séance elle-même s'étire ensuite, le photographe enchaînant les poses et les lieux. Beaucoup gardent le costume au-delà et se promènent avec, ce que le tarif à la journée autorise.

Réserver ou non

En temps ordinaire, les boutiques des quartiers historiques prennent sans rendez-vous. Aux périodes chargées, et particulièrement à Xi'an ou pendant les congés nationaux, réserver devient utile — surtout si l'on vise un créneau précis à la lumière de fin de journée, qui est la plus recherchée.

Le cas des hommes

Une offre nettement plus réduite

Le renouveau du hanfu est très majoritairement porté par les femmes, et les boutiques de location le reflètent. Là où une cliente choisit entre des dizaines de tenues, un homme en trouve quelques-unes, souvent reléguées au fond du magasin, et rarement dans les tailles européennes.

Ça ne veut pas dire que ça n'existe pas. Les robes longues masculines, croisées ou à col rond selon l'époque évoquée, se louent dans les mêmes boutiques et au même tarif. Il faut simplement demander, parce qu'on ne vous les proposera pas spontanément.

En couple, ce qui se pratique

C'est le cas le plus fréquent : la formule à deux existe partout et coûte moins que deux locations séparées. Les studios la mettent en avant, et c'est aussi celle où l'offre masculine est la mieux fournie, puisqu'elle est pensée comme un accompagnement.

Ce qu'on récupère d'une séance

Les photos, et comment elles arrivent

Elles se transmettent presque toujours par WeChat, ce qui suppose d'avoir l'application installée et fonctionnelle avant d'arriver. Le délai va de quelques heures à quelques jours selon le volume de retouches, et c'est un point à cadrer avant de payer, pas après.

La retouche est d'ailleurs la norme locale et elle est franche : lissage de peau, ajustement de silhouette, ciel remplacé. Demander des fichiers non retouchés en plus des versions finies évite la déception, et ça se demande poliment au moment de réserver.

Acheter plutôt que louer

C'est possible et beaucoup moins cher qu'on ne l'imagine, les mêmes boutiques vendant souvent ce qu'elles louent. Un ensemble simple se trouve pour l'équivalent de deux ou trois locations. Le mamianqun, en particulier, se porte très bien hors contexte avec un haut moderne, ce qui en fait le seul élément qu'on rapportera vraiment.

Attention en revanche au volume dans la valise : les tissus sont légers mais les jupes plissées prennent de la place, et les coiffes ne voyagent pas bien.

Un étranger peut-il en porter

Ce que ça soulève, et ce qu'il en est

La question se pose souvent avant le départ, et la réponse est nette : oui, et c'est bien accueilli. Le renouveau du hanfu se vit en Chine comme une réappropriation heureuse, pas comme un patrimoine à défendre contre les visiteurs.

Les boutiques de location s'adressent d'ailleurs explicitement aux touristes, étrangers compris, et voir un visiteur en tenue suscite plutôt de la curiosité amusée. On vous demandera sans doute une photo.

La seule réserve pratique

Les tailles. Les costumes sont coupés pour une morphologie chinoise moyenne, et les grandes tailles se trouvent moins facilement, en particulier pour les hommes, dont l'offre est de toute façon plus réduite que celle des femmes.

Ce qu'il faut retenir

Le hanfu n'est pas le qipao, il vient des Han et non des Mandchous, et son retour date de 2003. On le loue entre 60 et 350 ¥ la journée dans toutes les vieilles villes touristiques, Xi'an en tête. Une demi-journée suffit à en faire l'expérience, et rien n'interdit à un visiteur étranger de s'y prêter — au contraire.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le hanfu ?
C'est le vêtement traditionnel des Han, l'ethnie majoritaire en Chine, porté de l'Antiquité jusqu'au milieu du XVIIᵉ siècle. Il se reconnaît à son col croisé, à sa coupe droite sans pinces, à ses manches larges et à une ceinture nouée plutôt qu'à un ajustement près du corps. Depuis une vingtaine d'années, il connaît un renouveau spectaculaire et se loue à la journée dans toutes les vieilles villes touristiques.
Quelle est la différence entre le hanfu et le qipao ?
Tout les sépare, à commencer par trois siècles. Le hanfu est le vêtement des Han, antérieur à 1644. Le qipao, ou cheongsam, dérive de la tenue mandchoue des Qing et prend sa forme actuelle dans le Shanghai des années 1920 et 1930, sous influence de la coupe occidentale. Le premier est ample et flotte, le second épouse le corps avec un col montant et une fente latérale.
Où peut-on louer un hanfu en Chine ?
Dans toutes les grandes villes touristiques, avec Xi'an nettement en tête : elle domine le pays en nombre de studios et en volume de transactions. Hangzhou, autour du lac de l'Ouest, Suzhou, Pékin, Chengdu et Luoyang suivent. Les boutiques se concentrent aux abords des sites historiques, et la plupart proposent la location seule ou la formule complète avec coiffure.
Combien coûte la location d'un hanfu ?
Entre 60 et 350 ¥ la journée selon la ville, la qualité du costume et ce que la formule comprend. La location seule occupe le bas de la fourchette ; la coiffure, le maquillage et les accessoires font monter la note. Une séance avec photographe se négocie à part, et les tarifs ne sont généralement pas affichés.
Un étranger peut-il porter le hanfu ?
Oui, et c'est bien accueilli. Le mouvement hanfu se vit en Chine comme une réappropriation culturelle heureuse, pas comme un patrimoine à protéger des visiteurs. Les boutiques de location s'adressent d'ailleurs explicitement aux touristes, étrangers compris, et voir un visiteur en tenue suscite plus souvent de la curiosité amusée que de la réprobation.
Depuis quand le hanfu est-il redevenu à la mode ?
Le mouvement moderne date de 2003, quand un Chinois nommé Wang Letian a porté un hanfu fait main dans la rue, geste alors considéré comme excentrique. Vingt ans plus tard, le marché pèse environ deux milliards de dollars et croît à plus de 10 % par an, porté par une génération qui y voit une expression de mode autant qu'un retour historique.
Quels sont les principaux styles de hanfu ?
Le ruqun, littéralement haut et jupe, est la silhouette de base et la plus répandue. Le qixiong ruqun, dont la jupe se noue au-dessus de la poitrine, évoque les Tang. Le beizi, longue veste ouverte, renvoie aux Song. L'aoqun, veste portée par-dessus la jupe, appartient aux Ming, souvent associé au mamianqun, la jupe dite à face de cheval.
Faut-il réserver sa séance photo en hanfu à l'avance ?
Aux périodes chargées, oui, en particulier à Xi'an et pendant les congés nationaux. En temps ordinaire, les boutiques des quartiers historiques prennent sans rendez-vous, et l'essayage suffit à occuper la première demi-heure. Réserver devient surtout utile quand on veut un photographe et un créneau précis à la lumière du soir.
Combien de temps dure une séance photo en hanfu ?
Comptez une demi-journée en incluant l'essayage, la coiffure et le déplacement jusqu'au décor. La séance elle-même peut durer plusieurs heures avec un photographe indépendant, qui enchaîne les poses et les lieux. Beaucoup de visiteurs gardent le costume toute la journée et se promènent avec, ce que le tarif à la journée autorise.
Le hanfu se porte-t-il au quotidien en Chine ?
Marginalement, mais plus qu'on ne l'imagine. Une minorité le porte comme vêtement de tous les jours, surtout parmi les moins de trente ans et dans les villes où le mouvement est actif. La très grande majorité de ce que croise un visiteur relève cependant de la location touristique, concentrée autour des sites historiques et des berges photogéniques.

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