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Carnet de Chine

Macao : 90 jours sans visa, et ce que ça change

Macao n'obéit pas aux règles de la Chine continentale : 90 jours sans visa, sa monnaie, son contrôle frontalier. Y aller depuis Hong Kong, et quoi y voir.

Par MaxPublié le 8 min de lecture
La place Largo do Senado à Macao, pavée de vagues noires et blanches à la portugaise, bordée d'un long bâtiment colonial jaune à arcades et d'une façade blanche néoclassique, avec une fontaine ronde au centre et des passants sous des ombrelles
Le Largo do Senado et son pavage en vagues. Les façades sont portugaises, les enseignes chinoises, et la frontière est à vingt minutes.·Photo : Bahnfrend / Wikimedia Commons
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Macao déroute parce qu'on y arrive avec les mauvaises attentes. On croit entrer en Chine, et l'on passe une frontière complète. On croit retrouver les règles du continent, et l'on découvre qu'elles ne s'appliquent pas. On vient pour les casinos, et ce qui reste en mémoire est un centre historique portugais classé à l'Unesco.

Quatre siècles et demi d'administration portugaise, puis la rétrocession de 1999, ont produit un territoire de trente kilomètres carrés qui fonctionne selon ses propres lois, avec sa monnaie, sa police aux frontières et son calendrier. C'est la Chine, mais pas celle du continent.

Trois choses à savoir avant de partir, parce qu'aucune ne va de soi : les Européens y entrent quatre-vingt-dix jours sans visa quand le continent en accorde trente ; venir depuis Hong Kong demande un vrai passage frontalier ; et la monnaie locale ne s'échange nulle part ailleurs, pas même à une heure de ferry.

Ce que le statut change pour un voyageur

Région administrative spéciale, et ce que ça recouvre

Depuis 1999, Macao est une région administrative spéciale de la Chine. Le principe est le même qu'à Hong Kong : souveraineté chinoise, système propre. Dans les faits, ça signifie un système juridique distinct, une monnaie distincte, et un contrôle des entrées autonome.

Un vrai contrôle frontalier

C'est la conséquence la plus concrète et la plus souvent ignorée. Arriver de Hong Kong ou du continent suppose un tampon de sortie, puis un tampon d'entrée, avec les files qui vont avec. Compter vingt à quarante minutes aux heures chargées, davantage le week-end.

Ce que ça implique si l'on vient du continent

Sortir de Chine continentale vers Macao consomme une entrée du visa ou du régime d'exemption. Revenir ensuite sur le continent suppose donc de pouvoir y entrer une seconde fois. Le détail de ce mécanisme est traité dans le guide de l'entrée sans visa, et dans celui du visa chinois pour qui relève d'une demande consulaire.

L'entrée, et ses règles propres

Quatre-vingt-dix jours, et non trente

Les détenteurs d'un passeport de l'Union européenne ou de l'espace Schengen entrent à Macao sans visa pour quatre-vingt-dix jours. C'est trois fois ce qu'accorde le continent, et c'est la donnée qui surprend le plus : un voyageur qui a calé son séjour sur les trente jours du régime chinois dispose en réalité de bien plus de marge à Macao.

Les trois conditions qui s'y attachent

ConditionDétail
Validité du passeport90 jours au-delà de la durée du séjour
Billet de sortieretour ou continuation, exigible à l'entrée
Ressources, séjour ≤ 7 jours5 000 MOP
8 à 14 jours10 000 MOP
15 à 21 jours15 000 MOP
au-delà de 21 jours20 000 MOP

Le justificatif de ressources figure au règlement et n'est que rarement demandé à un voyageur européen. Il vaut mieux le savoir que de le découvrir au guichet.

Ne pas confondre avec le régime du continent

Un visa chinois ne sert à rien pour entrer à Macao, et l'exemption chinoise non plus : ce sont deux régimes sans rapport. La confusion est fréquente parce que les deux territoires relèvent du même pays.

Y aller

Le ferry depuis Hong Kong

Environ une heure, un départ toutes les trente minutes dans la journée. Deux opérateurs se partagent la liaison, et ils n'arrivent pas au même endroit : l'un dessert le terminal de Taipa, au sud, l'autre le port extérieur, sur la péninsule. Le choix se fait selon le quartier où l'on dort, pas selon le prix.

Côté Hong Kong, on embarque au terminal de Sheung Wan, en plein centre, ou directement à l'aéroport sans passer par la ville. Compter de 190 à 240 dollars de Hong Kong selon l'horaire, les traversées de nuit étant les plus chères.

La navette du pont

Depuis l'ouverture du pont qui relie Hong Kong à Macao par la mer, une navette circule vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Quarante-cinq minutes, 65 dollars de Hong Kong en journée, 70 la nuit. C'est à la fois plus rapide et trois fois moins cher que le ferry.

Le revers est qu'elle dépose au poste-frontière, pas en ville : il reste un bus ou un taxi pour rejoindre le centre. Pour qui arrive de l'aéroport de Hong Kong, elle est difficile à battre.

Depuis le continent

Macao touche la ville de Zhuhai, dans le Guangdong, par un poste-frontière terrestre ouvert en continu. C'est le passage le plus simple pour qui vient de Canton ou de Shenzhen, et il se fait à pied.

Par avion

Macao a son propre aéroport international, modeste mais relié à une bonne partie de l'Asie. Il reste rarement le choix le plus économique depuis l'Europe, où passer par Hong Kong revient presque toujours moins cher.

La monnaie, et le piège qui va avec

La pataca, et le dollar qu'on accepte quand même

La monnaie officielle est la pataca, abrégée MOP. Le dollar de Hong Kong est accepté quasiment partout, dans les commerces, les taxis et les casinos, ce qui donne l'impression commode qu'on peut ignorer la question.

Les trois pour cent qu'on ne voit pas

Les commerçants acceptent le dollar à parité, alors que le taux officiel est de 100 patacas pour 97 dollars. Payer en dollars coûte donc environ 3 % à chaque transaction. Sur un week-end, c'est anecdotique ; sur un séjour, ça finit par se voir.

La monnaie rendue, et ce qu'on en fait

Le vrai piège est au retour : un paiement en dollars donne une monnaie rendue en patacas, et la pataca ne s'échange nulle part en dehors de Macao, pas même à Hong Kong. Les billets qui repartent dans une poche ne valent plus rien une fois la frontière passée. Il faut les dépenser avant.

Le centre historique, la vraie raison de venir

La façade baroque des ruines de l'église Saint-Paul à Macao, seul mur restant orné de statues et de bas-reliefs, surmontée d'une croix, au sommet d'un grand escalier de pierre couvert de visiteurs
Les ruines de Saint-Paul : il ne reste que la façade et l'escalier. La foule fait partie du décor dès le milieu de matinée.·Photo : Michal Osmenda / Wikimedia Commons

Un classement qui porte sur un ensemble

Le centre historique de Macao est inscrit au patrimoine mondial depuis 2005. Le classement ne vise pas un monument mais un tissu : des places, des églises, des temples et des maisons qui se répondent sur un périmètre restreint, et qui racontent quatre siècles de cohabitation.

Les ruines de Saint-Paul

L'image de Macao, et la plus photographiée. Il ne reste que la façade baroque et l'escalier qui y monte, le reste ayant brûlé au XIXᵉ siècle. Y aller tôt : dès le milieu de matinée, les marches sont couvertes.

Le Largo do Senado

La place centrale, pavée de vagues noires et blanches à la manière portugaise, bordée de façades pastel. C'est le point de départ naturel des ruelles, et l'endroit où le mélange des deux cultures se voit le mieux.

Le temple A-Ma

Le plus ancien du territoire, antérieur à l'arrivée des Portugais, et celui qui a donné son nom à Macao. Adossé à la colline au sud de la péninsule, il se visite en une demi-heure et offre le contrepoint exact des églises.

La forteresse du Mont

Bâtie par les jésuites au début du XVIIᵉ siècle, elle domine la ville et abrite le musée de Macao. La vue depuis les remparts est le meilleur moyen de comprendre la géographie du territoire en une fois.

Les billets et spectacles à Macao

Activités proposées par GetYourGuide.

Taipa et Coloane, les deux îles

Taipa Village, et ce qu'il en reste

Au sud de la péninsule, le vieux village de Taipa a gardé une poignée de maisons portugaises peintes en vert d'eau et en jaune, alignées face à ce qui était la mer avant les remblais. Une rue de restaurants le traverse. C'est le contrepoint à l'échelle du Cotai, qui commence à deux cents mètres de là.

Coloane, la pointe restée village

Plus au sud encore, Coloane est la partie du territoire qui ressemble le moins au reste : un bourg de ruelles, une chapelle blanche, des collines boisées et une plage de sable noir. C'est là qu'on comprend à quoi Macao ressemblait avant les casinos.

Pourquoi les deux se font ensemble

Elles sont reliées au centre par le même bus, et la traversée du Cotai entre les deux fait partie de l'intérêt : en vingt minutes, on passe du village au complexe hôtelier et inversement. Une demi-journée suffit pour les deux.

À table, et c'est une raison de venir en soi

La première cuisine fusion du monde

Le macanais n'est pas de la cuisine portugaise servie en Asie, ni de la cuisine chinoise aux accents lusitaniens : c'est une cuisine à part entière, née du métissage sur quatre siècles et demi, avec des apports indiens, malais et africains ramenés par les routes maritimes. Elle précède de plusieurs siècles le mot « fusion ».

Le minchi, plat national

De la viande hachée sautée avec des pommes de terre en dés, des oignons et de la sauce soja, souvent coiffée d'un œuf au plat. C'est le plat domestique par excellence, celui que les familles macanaises font chez elles, et il est devenu l'emblème officieux du territoire.

Le poulet à l'africaine

Une volaille grillée au piri-piri puis nappée d'une sauce épaisse au piment, au lait de coco et à la cacahuète. Malgré son nom, le plat est né à Macao même, il y a une cinquantaine d'années : c'est la route portugaise vers l'Afrique qui a fourni les ingrédients, pas la recette.

Les pastéis de nata, et la version de Coloane

Les flans pâtissiers portugais se trouvent partout, mais la version qui a fait le tour de l'Asie vient de Coloane : un boulanger britannique installé là en a adapté la recette en 1989, en gardant l'appareil aux œufs et en passant à une pâte feuilletée plus caramélisée. La file devant sa boutique n'a pas désempli depuis.

Les casinos, et pourquoi ce n'est pas l'essentiel

Ce que le Cotai représente

Macao est la première place mondiale du jeu, loin devant Las Vegas. Les grands complexes se concentrent sur le Cotai, la bande gagnée sur la mer entre les îles de Taipa et de Coloane, avec les reconstitutions qu'on imagine.

Ce qu'un voyageur y trouve

Une curiosité architecturale et une démesure qui se visite gratuitement, puisqu'on entre dans les complexes sans jouer. Une soirée suffit à en faire le tour, et beaucoup en ressortent avec le sentiment d'avoir vu un parc à thème.

Ce qu'on manque en s'y arrêtant

Le centre historique, Taipa Village et ses maisons peintes, les ruelles de Coloane. C'est l'erreur de cadrage la plus répandue sur Macao : venir pour le jeu et repartir sans avoir vu ce qui lui a valu son classement.

Combien de temps y consacrer

Une journée depuis Hong Kong

La formule la plus fréquente. Elle couvre le centre historique sans difficulté, à condition de partir tôt. Son coût est de repasser deux fois la frontière dans la journée, donc deux files.

Deux jours, en dormant sur place

Ce qui change la nature du séjour : le centre le premier jour, Taipa et Coloane le second, une soirée sur le Cotai entre les deux. Dormir à Taipa plutôt que sur le Cotai allège nettement l'addition — l'écart se lit d'un coup d'œil en comparant les adresses des deux secteurs.

Au-delà, et le cas du long séjour

Macao se répète passé deux jours. Les quatre-vingt-dix jours du régime d'entrée n'ont d'intérêt que pour qui en fait une base régionale, ce qui est un autre usage que la visite.

Les pièges à éviter

Croire que c'est la Chine continentale

L'erreur mère, dont découlent toutes les autres : les règles d'entrée, la monnaie, les applications de paiement et le réseau ne sont pas ceux du continent.

Repartir avec des patacas

Elles ne valent plus rien passé la frontière. Les dépenser avant d'embarquer, ou payer en patacas plutôt qu'en dollars tout au long du séjour.

Se tromper de terminal de ferry

Les deux opérateurs desservent deux points différents, distants de plusieurs kilomètres. Vérifier lequel correspond au quartier visé avant d'acheter, pas après.

Arriver aux ruines de Saint-Paul en milieu de journée

L'escalier est alors noir de monde. La première heure d'ouverture change complètement l'expérience, et c'est vrai de l'ensemble du centre historique.

Sous-estimer la saison des typhons

De juillet à septembre, un typhon peut suspendre les ferries pendant vingt-quatre heures. Pour une excursion à la journée depuis Hong Kong, c'est la seule contrainte qui puisse annuler le programme.

Questions fréquentes

Faut-il un visa pour aller à Macao ?
Non, et la durée autorisée est bien plus large qu'en Chine continentale : les détenteurs d'un passeport de l'Union européenne ou de l'espace Schengen entrent à Macao sans visa pour quatre-vingt-dix jours. Trois conditions s'y attachent : un passeport valable quatre-vingt-dix jours au-delà de la durée du séjour, un billet de retour ou de continuation, et la capacité de justifier de ressources — 5 000 patacas pour une semaine ou moins, jusqu'à 20 000 au-delà de trois semaines. En pratique, ce justificatif est rarement demandé à un voyageur européen, mais il figure au règlement.
Macao fait-elle partie de la Chine ?
Oui, mais pas comme une province. Macao est une région administrative spéciale depuis 1999, après quatre siècles et demi sous administration portugaise. Elle garde son propre système juridique, sa monnaie, sa police aux frontières et ses règles d'entrée. Pour un voyageur, la conséquence est concrète : venir de Hong Kong ou du continent implique de passer un contrôle frontalier complet, avec tampon de sortie et tampon d'entrée, même si l'on reste techniquement en Chine.
Comment aller à Macao depuis Hong Kong ?
Deux voies. Le ferry, environ une heure, avec un départ toutes les trente minutes depuis le terminal de Sheung Wan ou depuis l'aéroport. Le billet tourne autour de 190 à 240 dollars de Hong Kong selon l'horaire, les traversées de nuit étant les plus chères. Ou la navette du pont, quarante-cinq minutes, 65 dollars de Hong Kong en journée, avec un service continu jour et nuit. Le pont coûte trois fois moins cher et va plus vite, mais il dépose à la frontière plutôt qu'en ville.
Quelle monnaie utiliser à Macao ?
La pataca, abrégée MOP, est la monnaie officielle. Le dollar de Hong Kong est accepté quasiment partout, y compris dans les taxis et les casinos, mais à parité, alors que le taux officiel est de 100 patacas pour 97 dollars. Payer en dollars coûte donc environ 3 % à chaque transaction. Et la monnaie rendue l'est en patacas, qui ne s'échangent nulle part ailleurs — pas même à Hong Kong. Il faut donc les dépenser avant de repartir.
Combien de temps faut-il pour visiter Macao ?
Une journée suffit pour le centre historique classé : le Largo do Senado, les ruines de Saint-Paul, le temple A-Ma, les ruelles entre les deux. Deux jours permettent d'ajouter le village de Taipa, la pointe de Coloane et une soirée sur le Cotai, le quartier des grands casinos. Au-delà, Macao se répète. Beaucoup la font en excursion depuis Hong Kong, ce qui fonctionne, mais oblige à repasser deux fois la frontière dans la journée.
Macao est-elle chère ?
Moins qu'on ne le croit si l'on évite les casinos et leurs hôtels. Les restaurants de quartier et les pâtisseries sont au niveau de la Chine du Sud, et l'essentiel du centre historique se visite gratuitement. Ce qui coûte, c'est l'hébergement, tiré vers le haut par les complexes du Cotai, et le trajet depuis Hong Kong. Dormir à Taipa plutôt que sur le Cotai, ou venir à la journée, change l'addition du tout au tout.
Que voir à Macao en dehors des casinos ?
Le centre historique est classé au patrimoine mondial depuis 2005, et c'est la vraie raison de venir : des églises baroques, des places pavées à la portugaise, des temples chinois et des maisons coloniales, le tout dans un périmètre qui se marche. Les ruines de Saint-Paul en sont l'image, mais le temple A-Ma, la forteresse du Mont et les ruelles autour du Largo do Senado valent autant. Taipa Village garde des maisons portugaises peintes et une rue de restaurants.
Peut-on aller à Macao avec un visa chinois ?
La question se pose à l'envers. Un visa pour la Chine continentale ne sert à rien pour entrer à Macao, qui applique ses propres règles — et les Européens n'en ont pas besoin. L'inverse compte davantage : sortir du continent vers Macao consomme une entrée du visa chinois, donc revenir ensuite sur le continent suppose un visa à entrées multiples. Depuis Hong Kong, le problème ne se pose pas, puisqu'on passe d'une région spéciale à l'autre.
Quelle langue parle-t-on à Macao ?
Le cantonais au quotidien, et le mandarin de plus en plus. Le portugais reste langue officielle et figure sur toute la signalétique, les plaques de rue et les documents administratifs, mais il est parlé par une part infime de la population. L'anglais passe dans les hôtels, les casinos et les sites touristiques, nettement moins ailleurs. Lire les noms de rue en portugais aide à se repérer, c'est à peu près tout ce qu'on en tire.
Quand partir à Macao ?
L'automne, d'octobre à décembre, est la meilleure période : températures douces, air sec, peu de pluie. Le printemps est humide et souvent brumeux, l'été chaud, lourd et exposé aux typhons de juillet à septembre, qui peuvent interrompre les ferries pendant vingt-quatre heures. L'hiver reste doux. Éviter la Golden Week chinoise du 1ᵉʳ au 7 octobre et le Nouvel An chinois, où les liaisons depuis le continent saturent.

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