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Carnet de Chine

Calligraphie chinoise : voir et essayer

Les poèmes tracés à l'eau sur le pavé des parcs chinois : ce qu'est le dishu, les cinq styles d'écriture, les quatre trésors du lettré et où s'y essayer.

Par MaxPublié le Mis à jour le 7 min de lecture

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Dans un parc chinois, le matin, un homme trempe un long pinceau dans un seau et trace sur les dalles des caractères larges comme une main. Il avance à reculons, colonne après colonne. Derrière lui, les premiers caractères pâlissent déjà.

Le temps qu'il arrive au bout de son poème, le début a disparu.

Les poèmes à l'eau, ce qu'on voit d'abord

Une pratique qui porte un nom

Cela s'appelle le dishu (地书), littéralement l'écriture du sol. On écrit à l'eau claire, sur le pavé, et rien ne subsiste. Ce n'est pas une démonstration montée pour les visiteurs, mais un exercice quotidien, pratiqué par des gens qui reviennent au même endroit à la même heure depuis des années, et qui repartent quand leur poème est fini sans attendre que personne les applaudisse.

Le pinceau et le seau

L'outil ne s'achète pas en boutique. Il se fabrique : un morceau d'éponge ou de mousse taillé en pointe, fixé au bout d'un manche de balai ou de parapluie. Le seau d'eau posé à côté remplace l'encrier. L'ensemble ne coûte rien, et ce détail n'est pas anecdotique : il explique pourquoi la pratique a pu se répandre aussi vite dans un pays où le matériel de calligraphie traditionnel représente une dépense sérieuse pour une retraite modeste.

Ce qui s'efface en séchant

Les caractères tiennent quelques minutes, puis s'évaporent. J'ai regardé la scène au parc du temple du Ciel à Pékin, et c'est cet effacement qui frappe le plus : le calligraphe travaille en sachant que rien ne restera. L'exercice consiste précisément à recommencer.

Pourquoi cette pratique existe

Née dans un parc de Pékin

Le dishu est récent, ce qui surprend pour une pratique aussi enracinée en apparence. Il apparaît au début des années 1990 dans un parc du nord de Pékin, se diffuse d'abord aux autres parcs de la capitale, puis aux grandes villes du pays en une poignée d'années. Plusieurs millions de personnes le pratiqueraient aujourd'hui, ce qui en fait l'une des activités de plein air les plus répandues de Chine.

Ce que l'eau permet et que le papier interdit

Trois avantages se combinent. L'eau ne coûte rien, quand le papier et l'encre de qualité pèsent sur un budget de retraité. Les dalles offrent une surface sans commune mesure avec une feuille, donc un geste ample, qui part de l'épaule et non du poignet. Et l'effacement supprime la question de la conservation : on ne garde rien, donc on ose.

Un concours national, en octobre

La pratique s'est structurée. Des associations organisent chaque année un concours au parc Taoranting de Pékin, en octobre, avec des présélections dans vingt-six villes. Ce n'est plus un passe-temps solitaire mais un petit monde, avec ses habitués et ses réputations de quartier.

Les cinq écritures, et comment les distinguer

Du plus ancien au plus libre

Cinq styles coexistent, et savoir les nommer change ce qu'on voit sur une enseigne ou une stèle.

StyleChinoisCe qui le signale
Sigillaire篆書Traits d'épaisseur égale, formes allongées et symétriques
Des scribes隸書Caractères aplatis, larges, terminaisons qui s'évasent
Régulier楷書Chaque trait séparé, net, dans un ordre fixe
Courant行書Les traits commencent à se lier sans se perdre
Cursif草書Un seul geste continu, souvent illisible sans formation

Celui qu'on apprend en premier

Le style régulier est le socle. C'est celui des écoliers chinois, parce que chaque trait y est isolé et suit un ordre invariable. Tout le reste en dérive.

Celui qu'on ne lit pas

Le cursif déroute, et légitimement. Un caractère peut s'y réduire à une boucle unique, plusieurs signes se fondent en un seul mouvement sans lever le pinceau, et beaucoup de Chinois eux-mêmes ne le déchiffrent pas couramment. Sa liberté n'est pas de l'improvisation mais l'aboutissement d'une forme longuement apprise.

Pourquoi c'est l'art le plus haut placé

Le trait ne se reprend pas

La Chine place la calligraphie au sommet de sa hiérarchie artistique, au-dessus de la peinture, et la raison tient en une phrase : le trait est irréversible. Le papier Xuan absorbe immédiatement, rien ne se corrige, rien ne se repasse, et l'œuvre entière se joue donc dans l'instant du geste plutôt que dans la patience de la retouche. On y lit la maîtrise d'un homme comme on lirait sa signature, ce qui explique qu'une calligraphie ait longtemps valu témoignage sur son auteur.

La peinture est montée en grade en s'en rapprochant

Le rapport entre les deux arts s'est inversé au fil des siècles. Jusqu'aux Tang, la peinture relevait du travail d'artisan, quand la calligraphie était affaire d'esprit ; c'est à partir des Song, en adoptant le même pinceau, le même papier et la même économie de geste, que la peinture accède au rang de grand art. Les deux disciplines partagent depuis leurs outils, et le caractère tracé sur une peinture de paysage n'y est pas une légende ajoutée mais une partie de l'œuvre.

Ce que ça change dans un musée

Cette hiérarchie explique une déception fréquente. Devant une vitrine de calligraphies, un visiteur occidental voit des colonnes de signes qu'il ne lit pas et passe vite, alors qu'un visiteur chinois s'arrête longuement. Ce qu'il regarde n'est pas le texte mais le trait : sa vitesse, ses pleins et ses déliés, les endroits où le pinceau a manqué d'encre. Savoir cela suffit à rendre la salle intéressante sans lire un caractère.

Les quatre trésors du lettré

Une expression vieille de quinze siècles

Le pinceau, l'encre, le papier et la pierre à encre forment les quatre trésors (文房四宝). L'expression remonte aux dynasties du Nord et du Sud, entre 420 et 589, et ces quatre objets accompagnent la vie lettrée chinoise depuis plus de deux mille ans.

Le pinceau et la pierre

Le pinceau réunit des poils d'animaux (chèvre, lapin, cheval, martre) sertis dans un manche de bambou, chaque poil ayant sa souplesse et donc son usage. La pierre à encre sert à délayer le bâton d'encre solide avec un peu d'eau, geste préparatoire qui fait partie de la pratique et que l'encre liquide moderne a rendu facultatif.

Le papier Xuan

Le papier de calligraphie porte un nom, le papier Xuan (宣纸), d'après sa région d'origine. Fabriqué à partir d'écorce d'orme et de paille de riz, il est très absorbant, ce qui pardonne mal l'hésitation : un pinceau qui s'attarde fait une tache.

Où l'on en croise en voyageant

Les parcs, tôt le matin

C'est le moment et le lieu. Les parcs urbains s'animent entre sept et neuf heures, avant la chaleur et avant les visiteurs, et l'on y trouve côte à côte les danseurs en groupe, les joueurs de mahjong et les calligraphes du pavé. La même scène se rejoue dans la plupart des grands parcs de Pékin.

Les enseignes, partout

Une fois l'œil formé, la calligraphie apparaît là où on ne la cherchait pas. Les enseignes de commerces, les portes de temples, les stèles, les panneaux d'entrée de parc : presque toutes ces inscriptions sont calligraphiées plutôt que composées en caractères d'imprimerie, et beaucoup portent la signature de leur auteur.

Le sceau rouge, et ce qu'il dit

Une chose saute aux yeux sur toute calligraphie encadrée : une ou plusieurs empreintes rouges, carrées, posées dans un coin ou en marge. Ce sont des sceaux, et ils se lisent. Celui de l'auteur signe l'œuvre au même titre que le nom tracé au pinceau. Les autres, ajoutés parfois des siècles plus tard, appartiennent à ceux qui l'ont possédée ou admirée : un collectionneur apposait son sceau pour attester son passage, et certaines pièces célèbres en portent des dizaines. Une calligraphie couverte de rouge n'est donc pas une œuvre abîmée mais une œuvre qui a beaucoup circulé.

Les rues spécialisées

Certaines rues concentrent le matériel et les artisans. À Pékin, Liulichang aligne pinceaux, encres et pierres à sceau. À Xi'an, la rue Shuyuanmen (书院门) fait de même au pied de la porte sud, avec des graveurs qui taillent un sceau au nom du client pendant qu'il attend.

Le public, qui se forme tout seul

On écrit seul, on regarde à plusieurs

Comme pour le mahjong, un petit groupe se constitue autour du calligraphe. Des passants s'arrêtent, suivent la colonne en train de s'écrire, repartent. Personne ne commente à voix haute, mais l'attention est réelle, et le calligraphe l'accepte comme une composante normale de sa pratique.

S'approcher sans déranger

Regarder ne pose aucun problème. Demander à essayer est autre chose : le pinceau appartient à quelqu'un, et la pratique est personnelle plutôt que démonstrative. Attendre qu'on le propose reste la bonne attitude.

Essayer soi-même

Les ateliers pour visiteurs

Des ateliers d'initiation existent dans les grandes villes, souvent adossés à un musée ou à une maison de thé. Ils fournissent le matériel et font écrire quelques caractères simples, ce qui suffit largement à comprendre pourquoi l'ordre des traits n'est pas négociable : écrire un caractère à l'envers donne une forme reconnaissable sur le papier et fausse pourtant tout l'équilibre, comme une lettre tracée de bas en haut.

Ateliers de calligraphie

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Le tissu à eau, pour s'entraîner

Il existe un équivalent domestique du dishu : un tissu qui noircit au contact de l'eau et retrouve sa couleur en séchant. On répète indéfiniment sans consommer ni papier ni encre. C'est l'outil d'entraînement le plus économique, et de loin le plus simple à rapporter.

Par où commencer vraiment

Le style régulier, quelques traits de base, et la tenue du pinceau à la verticale. Savoir lire n'est pas un prérequis : le geste s'apprend caractère par caractère, et la compréhension vient après. C'est l'ordre inverse de celui qu'on imagine.

Rapporter du matériel

Ce qu'on trouve sur place

Un ensemble d'initiation — pinceau, encre liquide, papier d'entraînement — coûte quelques dizaines de yuans dans n'importe quelle papeterie. Les pierres à encre travaillées et les pinceaux de poil sélectionné montent à plusieurs centaines. Le sceau gravé à son nom reste le souvenir le plus personnel du lot.

Ce qui voyage mal

Deux choses posent problème au retour. Une pierre à encre est dense et lourde pour son volume, ce qui pèse vite sur une franchise cabine. Et l'encre liquide en flacon relève des restrictions sur les liquides, donc de la soute. Le tissu à eau, lui, se plie dans une poche.

Questions fréquentes

Que font les gens qui écrivent par terre avec de l'eau dans les parcs chinois ?
Ils pratiquent le dishu (地书), littéralement l'écriture du sol : de la calligraphie tracée à l'eau claire sur les dalles, avec un long pinceau d'éponge. Les caractères sèchent et disparaissent en quelques minutes. C'est une pratique quotidienne et gratuite, née au début des années 1990 dans un parc du nord de Pékin, aujourd'hui répandue dans toute la Chine.
Pourquoi écrire avec de l'eau plutôt qu'avec de l'encre ?
Pour trois raisons qui tiennent ensemble. L'eau ne coûte rien, là où le papier Xuan et l'encre de qualité représentent une dépense réelle. Les dalles offrent une surface bien plus grande qu'une feuille, ce qui permet de travailler le geste en grand. Et l'effacement force à recommencer, ce qui est précisément l'exercice.
Quels sont les cinq styles de la calligraphie chinoise ?
Le style sigillaire (篆書), le plus ancien, anguleux et symétrique. Le style des scribes (隸書), aplati et régulier, né pour accélérer le travail administratif. Le style régulier (楷書), clair et équilibré, celui qu'on apprend en premier. Le style courant (行書), fluide, où les traits commencent à se lier. Et le cursif (草書), le plus libre, souvent illisible pour qui n'est pas formé.
Quels sont les quatre trésors du lettré ?
Le pinceau, l'encre, le papier et la pierre à encre — 文房四宝 en chinois. L'expression remonte aux dynasties du Nord et du Sud, entre 420 et 589. Ces quatre objets accompagnent la vie lettrée chinoise depuis plus de deux mille ans, et se vendent encore aujourd'hui ensemble dans les rues spécialisées.
Un étranger peut-il essayer la calligraphie à l'eau dans un parc ?
Rien ne l'interdit, et l'intérêt d'un visiteur est en général bien reçu. Mais le pinceau appartient à quelqu'un et la pratique est personnelle : mieux vaut attendre qu'on le propose que de le demander. Regarder longuement reste la façon la plus simple d'entrer dedans, d'autant qu'un petit public se forme naturellement autour des calligraphes.
Où voir de la calligraphie en Chine ?
Dans les parcs urbains le matin, où se pratique le dishu. Sur les enseignes de commerces et de temples, où presque toutes les inscriptions sont calligraphiées. Dans les musées, le Shanghai Museum ayant l'une des plus belles collections du pays. Et dans les rues spécialisées comme Liulichang à Pékin ou Shuyuanmen à Xi'an.
Combien coûte du matériel de calligraphie en Chine ?
L'écart est considérable selon la qualité. Un ensemble d'initiation avec pinceau, encre liquide et papier d'entraînement se trouve pour quelques dizaines de yuans dans les papeteries et les rues spécialisées. À l'autre bout, une pierre à encre travaillée ou un pinceau de poil sélectionné atteint plusieurs centaines de yuans, voire davantage.
Quel style apprendre quand on débute ?
Le style régulier (楷書), sans hésitation. C'est celui que les écoliers chinois apprennent en premier, parce que chaque trait y est séparé, dans un ordre fixe et une proportion stable. Les styles courant et cursif ne s'abordent qu'une fois ce socle acquis : leur liberté apparente repose sur une maîtrise préalable de la forme régulière.
Faut-il savoir lire le chinois pour s'y mettre ?
Non, et beaucoup d'apprenants étrangers commencent sans lire. La calligraphie travaille d'abord le geste, l'ordre des traits et la tenue du pinceau, ce qui s'apprend caractère par caractère. Comprendre ce qu'on écrit vient ensuite, et rend évidemment la pratique plus riche.
Le tissu à eau est-il une bonne façon de s'entraîner chez soi ?
Oui, et c'est même l'équivalent domestique du dishu. Ce tissu spécial noircit au contact de l'eau puis retrouve sa couleur en séchant, ce qui permet de répéter indéfiniment sans consommer ni papier ni encre. C'est l'outil d'entraînement le plus économique, et il voyage bien mieux qu'une pierre à encre.

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