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Carnet de Chine

Bilibili : le YouTube chinois aux commentaires qui défilent

Bilibili, la plateforme vidéo des jeunes Chinois : les commentaires qui traversent l'image, ce qu'on y trouve, et l'accès depuis la France.

Par MaxPublié le Mis à jour le 7 min de lecture

On ouvre une vidéo, et du texte traverse l'écran. Horizontalement, de droite à gauche, en plusieurs couches. Aux passages qui plaisent, l'image disparaît complètement derrière les phrases des autres spectateurs.

C'est la première chose que voit un Français sur Bilibili, et c'est aussi la meilleure porte d'entrée pour comprendre comment la Chine regarde des vidéos.

Ce que Bilibili est

Le YouTube chinois, à peu de chose près

La comparaison est celle que tout le monde emploie, et elle tient. C'est la grande plateforme de vidéo longue du pays : format horizontal, contenus de dix à quarante minutes, chaînes suivies, abonnements. Là où Douyin occupe le terrain de la vidéo courte, Bilibili occupe celui qu'on regarde assis.

D'où vient ce nom bizarre

Il ne veut rien dire en chinois. Le nom vient du surnom d'un personnage de manga japonais, et le site s'appelle familièrement 小破站, à peu près « le petit site pourri », un sobriquet affectueux que les habitués emploient encore.

Ça dit quelque chose de l'origine : Bilibili est né dans la culture de l'animation et du jeu, avant de devenir généraliste.

Un public qui a grandi avec la plateforme

Les utilisateurs historiques avaient quinze ans à l'ouverture du site, ils en ont trente aujourd'hui, et le catalogue a vieilli avec eux. On y trouve désormais autant de cuisine, de bricolage, de révisions et de reportages que de jeu vidéo. La culture d'origine reste toutefois visible dans les codes, le vocabulaire et l'humour.

Les commentaires qui défilent sur l'image

Ce qu'on voit à la première ouverture

Ils s'appellent danmu, 弹幕, littéralement rideau de balles — l'expression vient des jeux de tir où les projectiles saturent l'écran. Chaque commentaire s'affiche à la seconde exacte de la vidéo où il a été écrit, puis traverse l'image.

Le résultat est déroutant. Aux passages populaires, ça recouvre parfois la totalité de l'écran, et l'on met un moment à comprendre qu'il ne s'agit pas d'un défaut d'affichage.

Page vidéo de Bilibili : des commentaires en caractères chinois défilent en surimpression sur le haut de la vidéo, avec le compteur de vues et la liste des danmu à droite
Les danmu en action : quatre commentaires de spectateurs traversent le haut de l'image pendant la vidéo. Aux passages les plus suivis, ils descendent et couvrent tout.·Bilibili,

Ce que ça change à l'expérience

C'est une salle de cinéma asynchrone. Les blagues répondent aux blagues, les avertissements préviennent d'un passage à venir, et une réaction collective finit par se former au même instant de la vidéo alors que ceux qui l'ont écrite sont séparés par des semaines ou des mois, chacun ayant cliqué un jour différent sur la même minute. Personne ne regarde seul.

Comment les couper

Rien n'oblige à les subir. Sur le site web, la touche D bascule leur affichage d'une pression. Dans le lecteur, une icône dédiée permet de les désactiver, d'en réduire l'opacité, ou de limiter la zone d'écran qu'ils occupent. Ce dernier réglage est le bon compromis : on garde l'ambiance sans perdre l'image.

Pourquoi les Chinois y tiennent

Parce que c'est précisément ce qu'ils viennent chercher. Une vidéo sans danmu est perçue comme morte, et les habitués les réactivent aussitôt s'ils tombent sur un lecteur qui les masque. La différence culturelle est là : ce qui nous paraît parasiter le contenu en fait partie.

Ce qu'on y trouve

Le jeu vidéo, largement en tête

C'est le socle historique, et ça reste le volume dominant. Parties commentées, guides, analyses, actualité. La production chinoise y occupe une place à part, portée par des titres devenus mondiaux, et cette section a une profondeur qu'aucune plateforme occidentale n'atteint sur le même sujet.

Le voyage et les vlogs

Des Chinois filment leurs propres séjours, en Chine et ailleurs. Une journée à la Grande Muraille ou dans les ruelles de Pékin s'y regarde avant de s'y vivre. La matière est brute, et c'est justement ce qui la rend utile : on voit les lieux à hauteur d'œil, avec la foule réelle, à l'heure réelle, sans le cadrage flatteur qui fait paraître déserte une esplanade où l'on piétine. Rien ne remplace ça.

Les documentaires et les cours

Une part importante du catalogue est éducative. Sérieusement produite, en plus. Histoire, sciences, langues, préparation aux concours : des chaînes entières fonctionnent comme des cours, et ça explique une partie de l'attachement du public à un site qu'il associe à ses années d'études.

L'animation chinoise

Le donghua, l'animation produite en Chine, a sa maison ici. Longtemps dans l'ombre de la production japonaise, il a gagné en volume et en moyens, et Bilibili en est à la fois le diffuseur et le financeur.

L'examen d'entrée, unique en son genre

Cent questions pour avoir le droit de commenter

Regarder n'a jamais rien demandé. Commenter, en revanche, suppose de passer un test. Cent questions, soixante bonnes réponses exigées, portant sur les règles de la maison, l'étiquette des commentaires et la culture de l'animation et du jeu. Aucune autre plateforme au monde n'impose ça.

Ce que ça produit

Un filtre. Délibéré, assumé, et plutôt efficace : la qualité des échanges y est sensiblement supérieure à ce qu'on connaît ailleurs, parce qu'un quart d'heure de questions décourage celui qui venait seulement déverser une insulte et ne coûte rien à celui qui venait discuter. Les habitués en parlent comme d'un rite.

Ce qui pourrait bouger

La relance internationale vient d'abolir la vérification d'identité, et l'on ignore à ce jour si l'examen s'appliquera de la même façon aux nouveaux venus. C'est un point à vérifier au moment de s'inscrire plutôt qu'à tenir pour acquis.

Ce qui a changé le 19 août 2026

La relance de l'application internationale

Bilibili a remis en distribution une version internationale de son application, sur Android pour l'instant. La plateforme annonce vouloir mélanger contenus chinois et internationaux dans la même application, et prépare un site en anglais.

La vérification d'identité supprimée

C'est le changement le plus concret. Publier depuis l'étranger exigeait auparavant un passeport ou une pièce d'identité. Une adresse électronique ou un numéro de téléphone suffisent désormais, ce qui lève le principal obstacle pour un créateur non chinois.

Ce que la manœuvre vise

Des recrutements ont été annoncés à Los Angeles, Londres, Tokyo, Mexico, São Paulo et Istanbul, avec des outils de partenariat de marque et une politique affichée de recrutement de créateurs occidentaux. L'ambition n'est pas dissimulée : exister face à YouTube hors de Chine.

Ce que ce n'est pas : un premier lancement

Le point mérite d'être posé, parce que beaucoup d'articles l'ont sauté. Une application internationale existait déjà, puis avait été abandonnée. Il s'agit donc d'une seconde tentative, avec des moyens supérieurs et un contexte différent, pas d'une découverte de l'Occident.

Y accéder depuis la France

Sans compte, et sans rien configurer

La lecture fonctionne sans inscription, et aucun VPN n'est nécessaire, ni sur ordinateur ni sur téléviseur. C'est l'inverse exact de la situation qu'on rencontre en Chine avec les services occidentaux, où le VPN doit être installé avant le départ. Le catalogue, lui, n'est pas entier : voir plus bas.

Ce qui reste bloqué, et pourquoi

Toutes les vidéos ne se lisent pas depuis la France. Certaines sont indisponibles pour des raisons de droits, exactement comme un catalogue de série change d'un pays à l'autre, et le message qui s'affiche n'a rien à voir avec une mauvaise configuration. Ça surprend d'autant plus que le reste fonctionne sans rien demander. Il n'y a rien à réparer : on passe à une autre vidéo.

Le compte, pour la haute définition

L'inscription débloque la qualité maximale, réservée aux utilisateurs connectés, ainsi que les commentaires, les abonnements et l'historique. L'ordre logique est donc simple : regarder d'abord, s'inscrire si l'on revient.

Android oui, iOS pas encore

Attention au piège. La fiche iOS que l'on trouve aujourd'hui correspond à l'ancienne application, limitée par région, et n'est pas la version relancée. Tant que la nouvelle n'est pas publiée, le navigateur reste la voie la plus sûre depuis un iPhone.

Sur un téléviseur

C'est là que le format prend son sens. Une application native existe pour les téléviseurs Android, et c'est celle que j'utilise sur un TCL, sans VPN ni bricolage : une vidéo longue et horizontale sur un écran de salon se rapproche bien davantage de l'usage prévu qu'un défilement vertical dans les transports. Selon la marque et le pays, l'application n'apparaît pas toujours dans le magasin du téléviseur, et il vaut mieux vérifier avant de compter dessus.

La langue, et ce qu'on comprend sans elle

L'interface et le contenu

Le contenu est chinois, produit pour un public chinois, et c'est le fond du sujet. Le site l'est aussi, des catégories aux titres. En pratique, la traduction automatique du navigateur suffit largement à s'y retrouver, à condition d'accepter ses approximations : les noms de créateurs y passent à la moulinette comme le reste, et une catégorie devient parfois une expression sans queue ni tête. Le site en anglais annoncé n'a pas de calendrier public, et une partie du catalogue est sous-titrée par la communauté plutôt que par la plateforme.

La page d'accueil de Bilibili traduite en français par le navigateur, avec des catégories comme série animée, documentaire et bête fantôme
L'accueil passé à la traduction automatique du navigateur. On navigue sans peine, mais les catégories deviennent « bête fantôme » et la barre de recherche « Bonjour professeur, je », qui n'est que le nom d'un créateur traduit mot à mot. Ce n'est pas une version française, c'est une couche posée par-dessus.·Bilibili,

Ce qui passe la barrière sans traduction

Beaucoup, en réalité. Une vidéo de voyage se comprend à l'image, un guide de jeu se suit à l'écran, une recette se lit dans les gestes. Les danmu, en revanche, restent opaques sans lecture du chinois, ce qui n'empêche rien mais fait perdre la moitié de l'ambiance. Le guide de mandarin de survie suffit à en déchiffrer les formules les plus répétées.

Bilibili, Douyin, RedNote : qui fait quoi

Douyin pour la vidéo courte

C'est la version chinoise de TikTok, verticale, algorithmique, faite pour enchaîner. Même entreprise que TikTok, catalogue distinct, et un usage qui occupe les temps morts plutôt que les soirées.

RedNote pour chercher

Quand la question est pratique — quel hôtel, quel restaurant, quelle heure —, c'est vers RedNote qu'il faut aller, parce qu'il est conçu comme un moteur de recherche et que ses publications sont indexées comme telles.

Bilibili pour regarder

Un lieu, un plat, une ville : la vidéo longue montre ce qu'une photo ne dit pas, à savoir le temps que ça prend et le monde qu'il y a. Les trois plateformes ne se remplacent pas, elles répondent à trois questions différentes.

Ce qu'il faut retenir

Bilibili se regarde depuis la France sans compte, sans VPN et sans manipulation, sur ordinateur comme sur téléviseur. La seule chose à savoir avant d'ouvrir une première vidéo, c'est que les commentaires traversent l'image, que ça fait partie du plaisir pour ceux qui l'ont adopté, et que la touche D les coupe. Pour la préparation concrète d'un séjour, prix et adresses compris, le complément se trouve du côté des applications à installer avant de partir.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Bilibili ?
C'est la principale plateforme de vidéo longue en Chine, l'équivalent le plus proche de YouTube. On y trouve du jeu vidéo, du voyage, des vlogs, de l'animation, des documentaires et des cours entiers. Sa particularité visible dès la première seconde tient aux commentaires des spectateurs, qui défilent horizontalement par-dessus l'image au lieu de s'empiler sous la vidéo.
Faut-il un compte pour regarder Bilibili ?
Non, la lecture fonctionne sans inscription. Le compte devient utile pour la haute définition, qui n'est proposée qu'aux utilisateurs connectés, ainsi que pour commenter, s'abonner et retrouver son historique. On peut donc essayer la plateforme d'abord et décider ensuite, ce qui est la façon raisonnable de découvrir une interface conçue pour un autre public.
Faut-il un VPN pour regarder Bilibili depuis la France ?
Non. La plateforme s'ouvre depuis un réseau français ordinaire, sur ordinateur comme sur téléviseur, sans configuration particulière. C'est l'inverse exact des services occidentaux en Chine, qui eux demandent un VPN installé avant le départ. Une réserve toutefois : certaines vidéos sont bloquées depuis la France pour des raisons de droits, et le message affiché ne signale pas un problème de configuration mais une restriction de catalogue.
Que sont les commentaires qui défilent sur l'écran de Bilibili ?
On les appelle danmu, 弹幕, littéralement rideau de balles, par analogie avec les jeux de tir où les projectiles saturent l'écran. Ce sont les commentaires des spectateurs, affichés au moment précis de la vidéo où ils ont été écrits. Aux passages populaires, ils peuvent recouvrir la totalité de l'image, ce qui déroute franchement la première fois.
Peut-on désactiver les commentaires qui défilent sur Bilibili ?
Oui, et c'est un simple réglage du lecteur. Sur le site web, la touche D bascule leur affichage d'une pression. Dans le lecteur, une icône dédiée permet de les couper, d'en réduire l'opacité ou de limiter la zone qu'ils occupent. Beaucoup d'habitués les gardent activés, mais rien n'oblige à les subir.
Bilibili est-il disponible en dehors de la Chine ?
Depuis le 19 août 2026, la version internationale de l'application est de nouveau distribuée, pour l'instant sur Android uniquement. Une version iOS est annoncée sans date, et une fiche iOS existante correspond encore à l'ancienne application limitée par région. Le site web, lui, reste accessible depuis un navigateur.
Bilibili demande-t-il une pièce d'identité pour s'inscrire ?
Plus depuis la relance internationale d'août 2026. Une adresse électronique ou un numéro de téléphone suffit désormais, là où publier depuis l'étranger exigeait auparavant un passeport ou une pièce d'identité. C'est le changement le plus concret de cette relance, et celui qui vise explicitement les créateurs occidentaux.
Bilibili est-il en anglais ou en chinois ?
Majoritairement en chinois, parce que le contenu est produit pour un public chinois. La version internationale propose une interface traduite et une partie du catalogue sous-titrée, souvent par la communauté plutôt que par la plateforme. Un site en anglais est annoncé, sans calendrier public à ce jour.
Quelle différence entre Bilibili et Douyin ?
La durée et l'attention. Douyin, la version chinoise de TikTok, vit de vidéos verticales courtes enchaînées par un algorithme. Bilibili tient sur la vidéo longue, horizontale, qu'on choisit et qu'on regarde jusqu'au bout, souvent sur un grand écran. Les deux coexistent chez les mêmes utilisateurs, mais pas aux mêmes moments de la journée.
Bilibili sert-il à préparer un voyage en Chine ?
Indirectement, et plutôt bien. On y voit les lieux filmés par des visiteurs chinois, ce qui donne une idée nettement plus juste de l'affluence, des distances et de l'ambiance qu'une galerie de photos promotionnelles. Pour l'information pratique, en revanche, prix et horaires compris, un réseau comme RedNote reste plus efficace parce qu'il est fait pour la recherche.

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