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Carnet de Chine

L'armée de terre cuite vaut-elle vraiment le déplacement ?

Armée de terre cuite à Xi'an : la foule, l'heure où venir, les trois fosses, pourquoi les statues sont grises et le tombeau qu'on n'ouvre pas.

Par MaxPublié le 6 min de lecture
Rangs de guerriers en terre cuite alignés dans une tranchée de fouille de la fosse 1 à Xi'an, visages tous différents, armures à écailles rivetées dont l'une conserve des traces de pigment rouge, parois de terre ocre de part et d'autre
Dans la fosse 1, chaque visage diffère. Sur l'armure du soldat de devant, des traces de la peinture d'origine subsistent.·Photo : Aaron Greenwood / Unsplash

Une amie revient de Xi'an et vous dit que c'était bondé au point de ne rien voir, que les rambardes étaient inaccessibles, et que le détour ne valait pas le coup. Une autre en parle comme du souvenir le plus fort de son voyage.

Les deux disent vrai, et l'écart tient presque entièrement à l'heure d'arrivée. Autant commencer par là, puisque c'est la seule question qui compte avant de réserver.

Faut-il y aller ?

Ce qui est vrai dans le reproche

Le site reçoit environ six millions de visiteurs par an. Entre 10 h et 15 h en haute saison, la fosse 1 devient un hall dense et bruyant où s'arrêter pour regarder relève de l'exploit. La quasi-totalité des visiteurs s'y précipite en premier, y passe l'essentiel de son temps, puis traverse les deux autres fosses au pas de course.

Quelqu'un qui arrive à 11 h avec un groupe verra donc surtout des dos et des perches à selfie. Le reproche est mérité.

Ce qui le rend évitable

L'ouverture est à 8 h 30, et la première heure est franchement calme : la fosse 1 ne se remplit qu'autour de 10 h 30. La seconde fenêtre s'ouvre après 15 h 30, quand les cars repartent. Entre 11 h 30 et 13 h, les groupes déjeunent, ce qui crée un creux moins net mais réel.

Autrement dit, le site n'est pas surcoté : il est mal visité. Les deux tiers de la journée sont impraticables, le tiers restant est remarquable.

Ce qui justifie le déplacement

Il n'existe rien d'équivalent ailleurs. Ce n'est pas une collection d'objets rassemblés dans un musée mais un chantier archéologique en activité, laissé en place, où l'on marche au-dessus de tranchées encore en cours de fouille. La différence d'échelle et de nature saute aux yeux dès la fosse 1.

Ce qu'on regarde vraiment

Un chantier, pas un musée

C'est le malentendu le plus fréquent. Les statues n'ont pas été déplacées dans des vitrines : on visite les fosses où elles ont été trouvées, sous des halls construits par-dessus. Certaines sont debout en formation, d'autres gisent en morceaux dans la terre, d'autres encore attendent sous des bâches.

Les fouilles continuent

Plus de deux mille figures ont été dégagées, et l'on estime qu'il en reste environ six mille sous terre. Le travail se poursuit dans les fosses 2 et 3, où l'on peut observer des archéologues à l'ouvrage. La restauration d'une seule statue, reconstituée à partir de dizaines de fragments, demande des mois.

Vue plongeante sur les rangs de guerriers en terre cuite serrés dans une tranchée étroite de la fosse 1, entre deux parois de terre damée, les fantassins alignés sur plusieurs files
Les tranchées de la fosse 1, encore telles qu'elles ont été dégagées : les statues sont restées là où on les a trouvées.·Photo : spenffffff / Unsplash

L'échelle

La fosse 1 couvre plus de quatorze mille mètres carrés et contient à elle seule plus de six mille figures. Aucune photographie ne rend ce rapport de taille, et c'est probablement l'argument le plus honnête en faveur du déplacement.

Qin Shi Huang et la logique du tombeau

Un empereur, et le premier

Qin Shi Huang unifie la Chine au IIIᵉ siècle avant notre ère, impose une écriture, une monnaie et un système de mesures communs, et se proclame premier empereur. L'ensemble funéraire qu'il fait construire est à la mesure de cette ambition. Le contexte dynastique est détaillé dans le guide de l'histoire impériale.

Pourquoi enterrer une armée

La logique est celle du mobilier funéraire poussée à l'échelle d'un État. Un souverain continue de régner dans l'au-delà, il lui faut donc une armée, des chars, des chevaux, une administration. Les statues ne commémorent rien : ce sont des équipements, disposés en formation de combat et tournées vers l'extérieur pour protéger le tombeau situé à quelques kilomètres.

Cette lecture change la visite. On ne regarde pas un monument mais l'inventaire d'un déménagement vers la mort.

La découverte de 1974

Des paysans creusant un puits tombent sur des fragments de terre cuite. Ce qu'ils prennent d'abord pour des débris de poterie s'avère être le sommet de la fosse 1. Deux mille deux cents ans d'oubli complet, et une découverte due au hasard d'un forage agricole.

Les trois fosses

FosseSurfaceContenuÀ savoir
114 260 m²Plus de 6 000 figures en formationLa plus spectaculaire, la plus fréquentée
2Archers, chars, cavalerie, infanterieFouilles visibles en cours
3520 m²68 statues, un char à quatre chevauxLe poste de commandement

La fosse 1

La plus grande, la première fouillée, la mieux conservée. C'est l'image que tout le monde connaît : des colonnes de fantassins alignées dans des tranchées parallèles, sur toute la longueur d'un hall de la taille d'un hangar d'aviation.

La fosse 2

Moins photogénique, plus instructive. Elle rassemble des unités mixtes qui pouvaient se recomposer en ordre de bataille, et c'est là que les fouilles restent actives. Voir des archéologues travailler au fond d'une tranchée vaut souvent mieux qu'une rangée de statues restaurées.

La fosse 3

Cinq cent vingt mètres carrés seulement, soixante-huit statues, un char à quatre chevaux. Sa position en retrait et sa configuration défensive font penser à un état-major. C'est la plus rapide à visiter et la plus facile à sauter, à tort : elle donne la clé d'organisation de l'ensemble.

Pourquoi elles sont grises

Elles ne l'étaient pas. Presque toutes les statues et tous les chevaux étaient peints de couleurs vives, posées sur une couche de laque.

Le problème tient à ce que la laque devient à l'air ce qu'elle n'a jamais été sous terre. Les pigments commencent à se modifier une quinzaine de secondes après la mise au jour. En quatre minutes environ, la couche se déshydrate, gondole et se détache, emportant la peinture avec elle.

Autrement dit, les couleurs ont disparu au moment même de la découverte, sous les yeux des fouilleurs. Quelques fragments préservés et des reconstitutions donnent une idée de ce que l'ensemble devait être : une armée bariolée, rien à voir avec la sobriété grise d'aujourd'hui. C'est aussi la raison principale pour laquelle on ne creuse plus vite.

Le tombeau qu'on n'ouvre pas

Une chambre scellée depuis 2 200 ans

Le tombeau lui-même, sous un tumulus situé à quelques kilomètres des fosses, n'a jamais été ouvert. Ce n'est pas un retard mais une décision : les autorités s'en tiennent à l'avis des archéologues, qui estiment ne pas disposer des techniques permettant de conserver ce qu'ils y trouveraient. Les couleurs perdues sur les statues servent d'avertissement permanent.

Les rivières de mercure

L'historien Sima Qian, écrivant un siècle après les faits, décrit une chambre où des rivières et des mers de mercure reproduisaient l'empire en réduction, mues par un mécanisme. Longtemps tenue pour une exagération littéraire, la description a gagné en crédit : les analyses de sol autour du tumulus mesurent des taux de mercure anormalement élevés.

L'ironie est complète. Qin Shi Huang consommait du mercure en cherchant l'immortalité, et c'est vraisemblablement ce qui l'a tué.

Quand y aller

L'heure, qui décide de tout

À l'ouverture ou en fin d'après-midi, jamais entre 10 h et 15 h. C'est le conseil le plus utile de cette page, et celui que les visiteurs déçus n'ont pas suivi.

La saison

Mars à mai et septembre à octobre offrent le meilleur climat, mais aussi la plus forte affluence. De novembre à février, le froid de la plaine de Xi'an est réel et les halls ne sont pas chauffés, en échange de quoi les fosses se visitent presque tranquillement. La meilleure saison à l'échelle du pays suit une logique proche.

À éviter absolument

La semaine de la fête nationale, du 1er au 7 octobre, où l'affluence devient ingérable, ainsi que les week-ends de printemps.

Billets, accès et durée

Le billet unique coûte 120 ¥ et couvre les trois fosses, le musée du char de bronze, le site de Lishan et la navette qui relie les deux ensembles. Ouverture à 8 h 30, fermeture à 18 h 30 du 16 mars au 15 novembre et à 18 h le reste de l'année, la vente s'arrêtant plus tôt.

La réservation en ligne est vivement conseillée en haute saison, le nombre d'entrées quotidiennes étant plafonné.

Depuis Xi'an, comptez une heure de porte à porte. Sur place, deux à trois heures suffisent pour les trois fosses et le char de bronze ; ajouter Lishan, compris dans le billet et bien plus calme, porte la visite à la journée.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

L'armée de terre cuite vaut-elle le déplacement ?
Oui, à condition de choisir son heure. Le site reçoit environ six millions de visiteurs par an, et la fosse 1 entre 10 h et 15 h devient un hall dense où il est difficile de s'arrêter pour regarder. Arriver à l'ouverture, à 8 h 30, ou après 15 h 30 quand les groupes sont repartis, change complètement l'expérience. Les déceptions racontées viennent presque toujours d'une visite en milieu de journée.
À quelle heure faut-il arriver pour éviter la foule ?
À l'ouverture, 8 h 30 : la première heure est nettement plus calme, et la fosse 1 se remplit vers 10 h 30 en haute saison. La seconde fenêtre se situe après 15 h 30, une fois les groupes partis. Entre 11 h 30 et 13 h, les visites organisées font leur pause déjeuner, ce qui crée un creux relatif. Le pire moment est le milieu de matinée.
Pourquoi une armée a-t-elle été enterrée ?
Pour accompagner Qin Shi Huang, premier empereur à unifier la Chine, dans l'au-delà. La logique est celle du mobilier funéraire poussée à l'échelle d'un État : il fallait au souverain une armée, des chars, des chevaux et une administration pour régner après sa mort. Les statues ne sont donc pas un monument commémoratif mais un équipement, tourné vers l'intérieur du tombeau qu'elles protègent.
Les fouilles sont-elles encore en cours ?
Oui, dans les fosses 2 et 3. Plus de deux mille statues ont été dégagées, et l'on estime qu'il en reste environ six mille sous terre. Les visiteurs peuvent observer des archéologues au travail dans la fosse 2, ce qui distingue nettement le site d'un musée figé. Le rythme est lent, la restauration d'une seule statue demandant des mois.
Pourquoi les statues sont-elles grises alors qu'elles étaient peintes ?
Parce que les pigments ne survivent pas à l'air libre. Enfouis depuis plus de deux mille deux cents ans, ils commencent à se modifier une quinzaine de secondes après la mise au jour, et la couche peinte se déshydrate, gondole et se détache en quatre minutes environ. La laque qui liait les couleurs perd son humidité et emporte tout avec elle. Les statues qu'on voit ont donc perdu leurs couleurs au moment même de leur découverte.
Combien coûte l'entrée à l'armée de terre cuite ?
120 yuans, un billet unique qui couvre les trois fosses, le musée du char de bronze, le site de Lishan et la navette entre les deux ensembles. Le site ouvre à 8 h 30, ferme à 18 h 30 du 16 mars au 15 novembre et à 18 h le reste de l'année, avec un arrêt de la vente en fin d'après-midi. La réservation en ligne est vivement conseillée en haute saison.
Que contiennent les trois fosses ?
La fosse 1 est la plus grande et la plus spectaculaire, plus de six mille figures sur quatorze mille mètres carrés, en formation de bataille. La fosse 2 rassemble des forces mixtes, archers, chars, cavalerie et infanterie, et reste en cours de fouille. La fosse 3, la plus petite avec cinq cent vingt mètres carrés et soixante-huit statues, correspond au poste de commandement.
Le tombeau de Qin Shi Huang a-t-il été ouvert ?
Non, et ce n'est pas un oubli. La chambre funéraire, située sous un tumulus à quelques kilomètres des fosses, reste scellée par décision des autorités : les archéologues estiment ne pas disposer des techniques permettant de conserver ce qu'ils y trouveraient. L'exemple des couleurs perdues sur les statues sert d'avertissement permanent.
Y a-t-il vraiment du mercure dans le tombeau ?
Les analyses de sol menées autour du tumulus mesurent des taux de mercure anormalement élevés, ce qui donne du crédit au récit de l'historien Sima Qian décrivant des rivières et des mers de mercure reproduisant l'empire. L'ironie est complète : Qin Shi Huang consommait du mercure en croyant y trouver l'immortalité, et il est vraisemblablement mort empoisonné.
Combien de temps prévoir sur place ?
Deux à trois heures pour les trois fosses et le musée du char de bronze, en prenant le temps. Compter une demi-journée avec le trajet depuis Xi'an, une heure environ de porte à porte. Ajouter le site de Lishan, compris dans le billet et nettement plus calme, porte la visite à une journée complète.

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